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ITW Anne-Victoire Monrozier

Résumé

ITW d'Anne-Victoire Monrozier, créatrice du blog Miss Vicky Wine et des Vins de Vicky.

Entretien d’Anne-Victoire Monrozier 
Créatrice du blog Miss Vicky Wine et des Vins de Vicky

 

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Comment êtes-vous arrivée à créer l’identité « Miss Vicky Wine » ? Comment essayez-vous de vous démarquer dans le Beaujolais ?

Mon père a repris le domaine familial en 2008, c’était une reconversion pour lui et malgré mon manque de connaissance de l’univers du vin, j’ai voulu l’aider. J’ai réfléchi à ce que je pouvais lui apporter : je parlais anglais, j’étais jeune et mobile, très tournée vers l’international et en plus j’étais en stage en agence de communication au pôle digital ! C’était le début des réseaux sociaux, ça tombait bien ! 

J’ai créé la marque Miss Vicky Wine (blog, Facebook et Twitter) en anglais pour communiquer avec les influenceurs du monde entier et faire la promotion de nos vins. A cette période, la communauté digitale était puissante et il y avait beaucoup de place pour être visible. Il y avait également peu de femmes et peu de français qui parlaient anglais en ligne, autour du vin. Tout se jouait à l’international. Je suis devenue une porte-parole du vin français sur le digital, représentante de la nouvelle génération. 

Je me suis formée exclusivement sur le terrain, à travers des dégustations, des rencontres avec des vignerons, critiques, et autres acteurs du vin. Rapidement, je me suis tournée vers l'événementiel en organisant des dégustations afterworks avec des vignerons dans des bars à vins, ce qui a attiré beaucoup de jeunes curieux de découvrir cet univers. De mon point de vue, les rencontres en physique sont essentielles, il est difficile de faire vivre une communauté 100% en ligne. 

J’ai ensuite lancé mes premières cuvées de Fleurie sous le nom de Vins de Vicky, principalement en Beaujolais. J’ai repris l’identité créée en ligne, leur image est née du digital avec à chaque étape la consultation de ma communauté.

 

Vous faites partie des fondateurs du « Vinocamp », comment cette idée a-t-elle émergé et qu’apportent les Vinocamps à la filière vin ?

J’avais beaucoup appris grâce au digital et je trouvais ça dommage que les vignerons n’utilisent pas ce canal pour se faire connaître. Mes diverses rencontres m’ont beaucoup inspirée. A l’image des barcamps de Grégoire Japiot, nous voulions créer des conférences où tout le monde (vignerons, experts, startups, influenceurs…) serait au même niveau pour échanger sur un sujet. Nous avons donc privilégié le format atelier au format classique du conférencier seul sur scène. Nous y avons ajouté de la formation afin d’aider les vignerons à développer leur présence en ligne. 

Puis l’audience des Vinocamps s’est rapidement élargie. Après plus de 10 ans d’existence, le Vinocamp est devenu un moment de référence pour échanger, s’inspirer des dernières innovations. On en ressort avec pleins d’idées, de contacts, de remises en question… Personnellement, ça me permet à chaque fois d’apprendre de nouvelles choses. 

L’innovation ne s’arrête jamais, la filière du vin en a besoin. La volonté d’innover est là, on a tendance à opposer tradition et innovation, mais ça peut très bien fonctionner ensemble. Surtout que le vin, dont l’image est très attachée à celle des traditions, fait face à la concurrence d’autres boissons (alcoolisées ou pas) dont l’ADN est moins ancré dans la tradition et qui n’hésitent pas à casser les codes avec des propositions novatrices. 

 

Vous êtes très présente sur les réseaux sociaux et intégrez pleinement le digital à votre travail. Comment voyez-vous votre métier évoluer ? Quelles sont vos inspirations ?

J’ai toujours eu besoin de nouveaux projets, de mouvement. Encore plus aujourd’hui, face à la crise sanitaire que nous vivons, il faut rebondir. J’ai choisi d’utiliser Internet et de vendre mon vin en ligne mais aussi de lancer un nouveau format : la canette. Je vois aussi une nouvelle manière de vendre du vin en vrac, il faut s’adapter !

Les réseaux sociaux permettent de continuer d’interagir, de mettre en valeur nos produits et de trouver des idées pour aller plus loin. 

Je suis très inspirée par le monde anglo-saxon. Ce sont eux qui ont créé la communication digitale et les réseaux sociaux. Les vins des pays du nouveau monde ont une tradition moins figée. Ils ont été les premiers à moderniser leurs communications, la manière de parler de leurs vins sur leurs étiquettes par exemple. Eux s’inspirent de nos traditions et nous, nous devons peut-être nous inspirer de leur manière d’essayer de nouvelles choses. 

Le vignoble du Beaujolais a connu une évolution totale avec le digital. L’interprofession des vins du Beaujolais a très bien accompagné ce changement et a porté la voix des vignerons. Le digital s’est démocratisé et nous sommes plus à l’utiliser. Plus on est petit, plus ça peut être puissant car les importateurs et nos potentiels acheteurs sont présents sur les réseaux sociaux. Ce canal est donc un moyen prospectif important pour faire découvrir nos vins, qui complète la part toute aussi importante des canaux traditionnels (salons, mailing, phoning).

 

Durant le confinement, votre domaine et beaucoup d’autres, ont lancé des sites d’e-commerce pour faire face à la crise sanitaire. Pensez-vous que le digital est devenu indispensable à la filière ? Quelles sont les étapes essentielles pour les domaines ?

Je suis une digital native et pourtant je pense que la vente en ligne n’est pas si facile. Elle demande énormément d’investissement lors de la mise en place, par exemple. La puissance de la marque en rayon et en ligne aide à être victorieux sur les plus grandes plateformes e-commerce (vente privées, marketplaces). Mais intégrer ces plateformes et avoir de la visibilité dessus est plus compliqué pour les petits domaines peu connus ou avec peu de moyens marketing.

La vente en ligne permet de rentrer en contact direct avec le consommateur, mais le temps passé à l’administrer coûte cher également. Nous sommes abreuvés de recettes magiques pour vendre sur Internet, cela prend beaucoup de temps et d’énergie de définir une stratégie, de bien s’entourer pour la mettre en œuvre. Le retour sur investissement n’est pas forcément immédiat et il faut penser à faire vivre cette boutique dans le temps. Cela dépend du profil du vigneron. Je recommanderais sans doute de commencer petit pour se faire à l’outil et s’adapter face aux premières retombées. 

Il faut de l’originalité, de la qualité de contenu et de la persévérance pour se démarquer sur les réseaux surchargés. Internet, c’est comme la vraie vie, on doit entrer en contact avec l’acheteur, le séduire, créer une relation de confiance, lui faire connaître nos vins et qu’il les aime. Le vin s’inscrit dans un temps long. Le produit est créé sur plusieurs mois et, il en va de même pour les relations à créer avec les acheteurs / consommateurs. Alors que sur le digital, tout va si vite, on y voit tout le temps de nouvelles collections, de nouvelles saveurs... Avec le vin, on est en contre temps perpétuel, le cycle est plus lent mais raconter cette histoire est aussi une force.  Il faut donc se montrer patient, appréhender le monde du digital, les investissements financiers, construire une stratégie et avoir de l’endurance ! 

 

Quels conseils donneriez-vous à un domaine qui cherche à faire usage du digital ? Quel est le b.a.-ba du digital ?

Tous les domaines ont une belle histoire à raconter, de belles images à montrer. Pour bien faire, il faut regarder ce que font les autres, comment le réseau fonctionne. Prendre le temps de définir qui tu es, quelles sont tes valeurs et les quelques informations importantes que tu veux qu’on retienne de ton domaine. On peut par exemple commencer par définir 3 actions concrètes qui permettent de les retranscrire puis y coller des mots et des images. 

Ensuite, on peut envisager de démarrer un réseau à la fois. Commencer par ouvrir des comptes sur les RS où on est le plus à l’aise, par exemple Instagram si tu aimes les photos, Facebook si tu es déjà actif sur ce canal. Il faut commencer avec ce qu’on a, ce qu’on sait, ce qui nous correspond. 

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Vous avez récemment lancé une cuvée en canette*. Quels sont les avantages de ce contenant ? 

Dans beaucoup de situations, on ne va pas ouvrir une bouteille de vin mais plutôt une bière ou un soft. Peut-être parce qu’on ne veut pas boire beaucoup, parce que c’est lourd à transporter, parce qu’il faut un tire-bouchon, parce qu’on n’a pas envie de choisir ou qu’on n’ose pas. Parfois la bouteille est donc un frein à la dégustation et c’est dommage ! La canette vient combler ce créneau où le vin n’avait plus sa place. 

Grâce aux Vinocamps notamment, j’ai eu l’idée de lancer mon Fleurie en canette. La canette, c’est léger, facile, pratique et moins cher. Elle est aussi en dehors des codes et aide à la désacralisation du vin. Ce côté magique, sacré, qui parfois est un frein. Elle vient compléter notre offre, elle permet au vin de rayonner là où il n’était pas ! 

La canette conserve bien le vin prêt à boire, elle va se rafraîchir très vite, et ne prend pas de place. Elle permet un usage immédiat. Ce contenant correspond aux attentes de la société et pourtant il existe encore des barrières à ce type de consommation. Cependant, en cette période de confinement, on voit des changements d’habitudes de consommation et les gens vont peut-être se laisser tenter par des produits plus simples et accessibles. 

*1 bouteille représente 3 cannette

 

Le Beaujolais Nouveau est à l’honneur cette semaine, que pensez-vous des vins primeurs ? 

J’adore les vins primeurs, ce sont des vins pleins de fraîcheur et d'exubérance. Le Beaujolais Nouveau arrive au moment où le climat se refroidit, les gens sortent moins. Ça apporte un rayon de soleil dans cette période, et de revenir aux essentiels du vin qui est là pour accompagner un moment partagé. Le Beaujolais Nouveau exprime bien ça, passer un bon moment, être au cœur des relations humaines. Dans le contexte actuel, il envoie un message fort !

 

Pour en savoir plus : blog Miss Vicky Wine

Pour shopper des canettes de Fleurie : e-shop Miss Vicky Wine