Women do wine

Interview croisée : 
Sandrine Goeyvaerts,
blog La Pinardothèque / Audrey, blog La WINEista / Maïlys Ray, blog Very Wine Trip

Tout commença un 7 janvier 2016 par le #womendowine « balancé » sur Twitter par Sandrine Goeyvaerts, lassée de (ne pas) voir les femmes du monde du vin rester invisibles. Un an plus tard, le hashtag sortait des réseaux sociaux pour s’incarner dans un collectif. Coup de projecteur sur une association qui entend bien donner la visibilité qu’elles méritent aux femmes du vin et mettre à mal les clichés. 
 

Pouvez-vous me raconter l’histoire du #womendowine ?

Sandrine :

C’est celle d’une constatation : bien que les femmes soient de plus en plus présentes dans la filière vin (50 à 60% des nouvelles promues en œnologie, 30% des cheffes d’exploitation, 20% de sommelières en France contre 80% dans les pays du nord*), elles sont souvent « invisibles ». Pas mentionnées sur les étiquettes, peu récompensées par des trophées. Une invisibilisation qui empêche ces femmes de devenir des modèles pour d’autres. Ainsi, j’ai créé en janvier 2016 le hashtag « women do wine » afin de leur donner un coup de projecteur. Et en 2017, en janvier toujours, l’idée est venue d’en faire une association à part entière. 

Maïlys :

De mon côté, j’ai écrit deux articles dans la foulée au sujet du hashtag : un premier sur les femmes du vin en Corse sur mon blog et un second plus global sur les femmes du vin sur le blog Les Grappes x Le Parisien. En tant que blogueuse et consommatrice, je suis aussi confrontée à ce manque de visibilité. Même si cela s’améliore, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. 

Audrey :

J’ai tout de suite repris moi aussi le hashtag afin de parler du vin fait par des femmes et dénoncer les clichés et situations qui découlent de cette « invisibilité ». Ce hashtag, en anglais, permet d’avoir une large portée et est facilement compréhensible, beaucoup plus que si nous avions choisi par exemple le hashtag « vin de femme », qui peut être mal interprété et est plus restrictif. 

*Diverses sources recoupées, les données sur la part des femmes dans le monde du vin restant dispersées

Pourquoi avoir ensuite créé une association ? Quels sont vos objectifs et projets ?

Sandrine :

Parce que nous avions envie d’avoir une identité forte, pour mener à bien nos projets. Cela passe par la création d’une association, d’une organisation liée à une identité visuelle, ainsi qu’un site Internet. Nous souhaitons dans un premier temps réunir et fédérer les femmes du vin, toutes celles qui le souhaitent afin d’offrir un espace de communication et d’échanges. Ensuite, à moyen terme organiser remises de trophées et colloques. Nous avançons petit à petit. 

Audrey :

Notre objectif est d’accroître la visibilité des femmes dans le monde du vin et les aider à se mettre davantage en avant. Un exemple : en tant qu’œnologue, j’ai pu observer que si plus de la moitié des promotions sont composées de femmes, on les retrouve ensuite peu aux fonctions de maîtres de chai et à la tête des exploitations. 

Maïlys :

Idem pour la sommellerie : on retrouve globalement moins de femmes dans les concours. C’est dommage car quand elles se lancent, elles réussissent très bien, comme en témoigne par exemple la dernière édition du Trophée Mumm. Nous pensons que pour les femmes en général, mais surtout les plus jeunes, avoir des modèles est encourageant. Avec Women do Wine, nous souhaitons leur offrir ces modèles. C’est pour cela que l’association regroupe des femmes avec des profils très différents – sommelières, cavistes, œnologues, consommatrices, vigneronnes, communicantes – mais aussi de différentes nationalités, et c’est aussi la raison pour laquelle les notions d’entraide et de solidarité entre les membres nous tiennent à cœur. 

L’association semble fédérer : l’objectif de 1200€ de votre pot commun a été atteint rapidement, et même dépassé, sur les réseaux sociaux, le #womendowine est largement repris et votre projet d’association a été largement soutenu. Combien êtes-vous aujourd’hui ? (membres, communauté sur les réseaux sociaux...)

Sandrine :

Nous sommes 250 membres environ. Nos réseaux sociaux sont très suivis: la page Facebook compte 1770 soutiens, le compte twitter regroupe un peu plus de 600 abonnés, Instagram 500. Mais ce qui compte beaucoup pour nous, c’est la force des échanges et du soutien qui nous est apporté. Nous avons constaté lors de la journée du 8 mars avec le partage de plus de 250 photos de “Women do wine” sur tous les réseaux, à quel point cela parle aux gens. Il y a un vrai engouement : la preuve sans doute que le besoin pour ces femmes d’être reconnues est là. 

Plus globalement, que voulez-vous faire changer dans le monde du vin ? Quels sont les clichés que vous pouvez observer de par vos expériences respectives ?

Sandrine :

Nous aimerions offrir aux femmes plus de visibilité – et pas seulement lors de journées dédiées – que la présence des femmes dans le milieu du vin ne soit plus vue comme une exception mais bien comme une réalité. C’est important pour les plus jeunes d’entre nous de montrer que les femmes réussissent dans tous les métiers du vin, même ceux où on les attend le moins (comme tractoriste, par exemple).

Maïlys :

Ce n’est pas parce que les femmes sont moins nombreuses dans le monde du vin qu’elles sont moins compétentes ! Il faut donner de la visibilité aux femmes, comme l’a fait par exemple le salon Bien Boire en Beaujolais pour son édition 2017, à travers une vidéo dans laquelle la parole est donnée à trois vigneronnes.  

Audrey :

C’est de cette manière que l’on peut faire changer les choses, en changeant la perception d’un monde du vin majoritairement masculin. Lorsque j’ai participé au programme court « Une Minute, un Vignoble », j’ai insisté pour dire « les vigneronnes et les vignerons » du Languedoc. Cela peut paraître anecdotique mais c’était important pour moi. Le vin est fait en équipe, par des hommes et des femmes. Pourtant, c’est encore trop souvent le vigneron qui parle de son vin et il y a ce que j’appelle un syndrome de la « femme invisible ».

Maïlys :

J’ai eu l’occasion de constater que c’est plus compliqué pour une femme d’être prise au sérieux et d’être l’interlocuteur, surtout lorsque l’on est accompagnée d’un homme. Côté clichés, celui de tendre la carte des vins à Monsieur au restaurant reste tenace, tout comme celui de présenter du blanc ou du rosé aux femmes plutôt que du rouge. Il n’y a pas de « goût de femme » ! Avec Women do wine, nous souhaitons vraiment parler à toutes les femmes du monde du vin sans les enfermer dans le cliché de la femme et dans une communication rose et « girly ». Tout comme il n’existe pas de goût spécifique aux femmes, il n’existe pas de « vin de femme ». C’est le vin d’un vigneron ou d’une vigneronne, avec ses caractéristiques propres. 

Audrey :

Nous souhaitons fédérer les femmes de la filière vitivinicole, quel que soit leur métier et leur manière de travailler. Nous sommes tous dans le même bateau, hommes et femmes, vignerons conventionnels, vignerons en bio, vignerons « nature » ... Nous devons faire évoluer le métier ensemble pour que le vin soit consommé intelligemment. 

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