Logo Cité du vin

« Tes seins, qu’ils soient des grappes de raisin, le parfum de ton souffle, celui des pommes ; tes discours un vin exquis »…  Non, il ne s’agit pas des élucubrations d’un amoureux éméché mais d’un passage du Cantique des Cantiques, un des psaumes de la Bible. Étonnant ? Non, car le vin et la vigne sont au cœur du christianisme et plus généralement dans toutes les religions du Livre : judaïsme, christianisme et islam.

Au commencement, Dieu a offert la vigne à Noé, patriarche de la Bible et prophète pour le Coran. Au sortir du Déluge, Noé trouve une terre où la planter et devient ainsi le premier vigneron de l’Histoire. La vigne et le vin vont avoir dans les livres (Torah, Coran, Bible…) une  présence matérielle – le vin bienfaisant est bu par les hommes – et une symbolique très forte – le Christ ne dit-il pas : « Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron » ?

Dans la Torah, le peuple hébreu est un plant de vigne que Dieu, vigneron, arrache d’Égypte pour le transplanter en Israël. « La vigne de Yahvé c’est la Maison d’Israël, et les gens de Juda en sont le plant chéri ». La vigne est un symbole de vie et d’alliance, pont entre les mondes matériel et spirituel. Le Coran, fait perdre au vin sa dimension terrestre : le vin est présenté comme la boisson divine du paradis d’Allah, chanté par les poètes musulmans, comme Djalal Od Din Rumi « le vin est une pluie pour le jardin de l’âme ». Pour Saint Thomas d’Aquin, le vin invite à la spiritualité   : « Il faut goûter le vin avec modération mais sans cesse parce que l’on atteint grâce à lui l’ivresse du sacré ».

Il est également très présent dans le quotidien et les rites religieux. Le vin est omniprésent dans les fêtes juives. Lors des mariages, de la circoncision, à Pessah (Pâques), le vin ritualise les débuts et fins de cérémonies. A l’entrée du Shabbat, on remercie Dieu « Roi de l’univers, créateur du fruit de la vigne » en tenant le kiddouch, une coupe de vin. Le vin est également au cœur des rituels chrétiens. Le premier miracle de Jésus Christ aux Noces de Cana est de transformer de l’eau en (bon) vin. Le Christ a fait du pain et du vin les symboles de l’alliance entre Dieu et les hommes. Pour les chrétiens, lors de l’Eucharistie dominicale, le pain se transforme en corps du Christ, et le  vin se transforme en sang du Christ « Il prit ensuite une coupe ; il la leur donna, en disant: buvez-en tous ; car ceci est mon sang ». C’est la « transsubstantiation ». L’islam développe quant à lui une relation complexe avec le vin. Il est à la fois délice promis au Paradis, « des fleuves de lait et de vin » couleront en abondance et boisson impie sur terre qui éloigne les hommes de la prière « Dieu a maudit le vin ». Mais, chez les soufistes (mystiques de l’islam), l’ivresse apportée par le vin est une métaphore de l’extase divine et de l’amour du Dieu. « Bois du vin, c’est lui la vie éternelle » nous dit Omar Khayyam.

Ainsi, chacune des grandes religions monothéistes réserve au vin une place unique et privilégiée mais néanmoins ambivalente. Dès la première ivresse de Noé, le vin ouvre deux portes : celle qui mène vers le divin et celle de la perte de soi : Noé s’enivre, se dénude et est tourné en dérision par un de ces fils. L’ivresse de Loth  dans la Genèse est, elle, liée à l’inceste : ses filles l’enivrent et couchent avec lui pour engendrer des enfants. Le judaïsme montre une certaine méfiance sur les conséquences d’un excès de vin, entraînant ivresse, débauche et pouvant même inciter l’idolâtrie de dieux païens tout comme le raconte le Livre des Nombres pour les petites-filles de Loth : « Israël s’établit à Shittim […] se livra à la débauche avec les filles de Moab [ndla : fils de Loth et de sa fille ainée]. Elles convièrent le peuple à leurs festins idolâtres » (Nomb 25,1-2). Quant à Jésus, partisan d’une « sobre ivresse », il réprouve les excès de vin. Les textes bibliques invitent donc à la modération : « qui le boit avec modération est le seul à savoir que le vin est excellent » (Saint-Paul). Dans l’islam la méfiance vis-à-vis du vin se cristallise dans l’interdit du vin, obligation islamique défendue de nos jours par les fondamentalistes.

Toutes les religions monothéistes ont ainsi mis en garde contre les dangers du vin, toujours suspect de détourner l’homme de Dieu et des lois des hommes lorsqu’il est consommé en excès. Mais le vin demeure aujourd’hui dans les religions un don mystérieux de Dieu (fermentation transformant la nature d’un élément en un autre), témoignage de la bienveillance divine à l’égard des hommes. Ainsi, si l’ivresse est unanimement condamnée, le « fruit de la vigne et du travail des hommes » est célébré et le caractère sacré du vin lui confère indéniablement un statut tout à fait particulier dans l’histoire des hommes.

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