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Santé
Publié le 09.10.2012
par Vin & Société
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Vin, alcool et cancer : ce que savent les scientifiques….

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 « Boire un peu de vin est meilleur pour la santé que de ne pas en boire du tout ». C’est en tout cas l’avis d’un français sur deux selon le Baromètre Inca Inpes sur l’opinion des Français face au cancer. Une « vox populi » raisonnée qui vient contredire les attaques régulières dont le vin fait encore souvent l’objet dans les media… et alors même que le baromètre IFOP  - réalisé pour Vin&Société en septembre 2011 - avait aussi montré que 3 français sur 4 estimaient que le vin est bon pour la santé. L’occasion pour Vin&Société de faire le point sur les données scientifiques disponibles à ce jour… et de lutter contre les idées reçues.


Le cancer : des causes multifactorielles

Un constat, tout d’abord… Oui, il existe bien un lien entre la consommation excessive de boissons alcoolisées (et non de vin en tant que tel, c’est important), et le risque de cancers des voies aéro-digestives supérieures, de l’œsophage, du foie,  du colon-rectum ou du sein. Mais – et c’est là tout la subtilité des ces études - la dimension multi factorielle de ces types de cancer ne doit pas être oubliée. De nombreux facteurs génétiques et environnementaux peuvent en effet concourir au déclenchement et/ou au développement de cancers. Parmi eux, le tabac, l’alcool, les infections virales, les facteurs professionnels, le surpoids et l’obésité, l’inactivité physique, les traitements hormonaux, les rayons ultra violets, et certains polluants permettraient, selon les experts du CIRC, d’expliquer 35% des décès par cancer. Mais les 65% restants admettant des origines multiples plus complexes à étudier. Toujours selon ces experts, l’alcool aurait, en 2000, été responsable de seulement 9% des décès par cancer chez l’homme et 3% chez la femme – contre 23% pour le tabac.

Le vin, un facteur parmi d’autres du cancer du sein

Maladie multi factorielle s’il en est, le cancer du sein hormono-dépendant reste au cœur de nombreuses études scientifiques, dont plusieurs démontrent déjà que l’alcool n’est pas le seul - et encore moins le principal - facteur de risque. Parmi elles, l’étude de Chen[i] et al publiée dans le JAMA (Journal of the American Medecine Association) a ainsi permis de mettre en lumière l’existence d’une légère augmentation des risques (15%) à partir d’un demi verre d’alcool par jour, mais qu’il n’y a pas de différence significative entre les différentes boissons alcoolisées. Ces résultats complètent l’étude de Schutze[ii] et al, qui montre quant à elle que la part de l’alcool dans le déclenchement des cancers du sein ne serait que de 5% (dont 4% pour une consommation supérieure aux repères de consommation). Les autres risques pourraient en revanche être attribués à des premières règles précoces, une ménopause tardive, un premier enfant après 30 ans, des traitements hormonaux de la ménopause, ou encore une obésité. A contrario, nous savons désormais qu’il existe, pour tous ces cancers, et notamment celui du sein, autant de facteurs protecteurs, comme l’allaitement maternel par exemple. Mais ce n’est pas le seul…

Vin & prévention : deux poids, deux mesures.

Étonnant… mais vrai : en matière de risques de cancer, les résultats d’études reconnues tendent déjà à différencier les effets du vin de ceux d’autres boissons alcoolisées. En jeu : les modes de consommation, mais aussi la présence de véritables molécules anti-oxydantes dans les vins.

En matière de consommation, tout d’abord, le vin semble vraiment être un alcool à part. Il est, en France, consommé à table - au même titre que l’eau - pour accompagner le repas. Cette consommation régulière et faible, comme l’a montré l’étude Ruidavets*[iii] et al est en effet bien plus bénéfique dans la prévention des maladies chroniques, qu’une consommation régulière et parfois excessive. En plus de favoriser la régularité des prises, ce mode de consommation permet aussi d’atténuer les effets de l’alcool dans l’organisme et participe aux bienfaits du régime méditerranéen.  En outre, le vin contient du resvératrol, dont les propriétés anti cancérigènes ont été démontrées chez les animaux et l’homme.  Tout cela sans oublier les effets bénéfiques d’une consommation modérée et régulière d’alcool dans la prévention des maladies cardio-vasculaires…

On l’a vu, de nombreuses études scientifiques font référence à l’effet de l’alcool - et non du vin- sur la santé. Une subtilité rarement reprise par les médias…

 

 

 


[i] Chen WY, Rosner B, Hankinson SE, Colditz GA, Willett WC. Moderate alcohol consumption during adult life, drinking patterns, and breast cancer risk. JAMA. 2011 Nov 2;306(17):1884-90. PubMed PMID: 22045766.

 

[ii] Schütze M, Boeing H, Pischon T, Rehm J, Kehoe T, Gmel G, Olsen A, Tjønneland AM, Dahm CC, Overvad K, Clavel-Chapelon F, Boutron-Ruault MC, Trichopoulou A, Benetou V, Zylis D, Kaaks R, Rohrmann S, Palli D, Berrino F, Tumino R, Vineis P, Rodríguez L, Agudo A, Sánchez MJ, Dorronsoro M, Chirlaque MD, Barricarte A, Peeters PH, van Gils CH, Khaw KT, Wareham N, Allen NE, Key TJ, Boffetta P, Slimani N, Jenab M, Romaguera D, Wark PA, Riboli E, Bergmann MM. Alcohol attributable burden of incidence of cancer in eight European countries based on results from prospective cohort study. BMJ. 2011 Apr 7;342:d1584. doi: 10.1136/bmj.d1584

 

[iii] Ruidavets JB, Ducimetière P, Evans A, Montaye M, Haas B, Bingham A, Yarnell J, Amouyel P, Arveiler D, Kee F, Bongard V, Ferrières J.(2010) Patterns of alcohol consumption and ischaemic heart disease in culturally divergent countries: the Prospective Epidemiological Study of Myocardial Infarction (PRIME). BMJ. 2010 Nov 23;341:c6077