Solenne Jouan

Après avoir travaillé dans la communication pour de grandes marques de luxe, Solenne Jouan a tout laissé tomber pour travailler au Baratin, restaurant qu’elle fréquentait plusieurs fois par semaine. D’abord intéressée par la cuisine, elle y a découvert le monde du vin et s’y est formée sur le tas. Elle est aujourd’hui sommelière au 6 Paul Bert, dans le 11e arrondissement de Paris. Un parcours atypique pour une sommelière nature, droit dans ses bottes et résolument moderne. 

Vin et génération Y

Si Solenne Jouan fait partie de la génération Y (les 25-35 ans) et illustre la diversité des routes menant au vin, elle côtoie et observe également cette génération au quotidien dans son travail, la clientèle de son restaurant étant composée pour la moitié par des jeunes. Quel est donc leur rapport au vin ? S’y intéressent-ils ? Ont-ils envie de le découvrir ? Sont-ils curieux ? Selon elle, les jeunes sont clairement plus ouverts que leurs aînés, avec une volonté de découvrir des vins étrangers, des vins natures, des vins bios... Une curiosité et une ouverture que l’on retrouve chez les hommes comme chez les femmes, sans distinction. Cet intérêt pour le vin est à relier pour Solenne Jouan à l’essor des bars à vins à l’œuvre depuis une dizaine d’années, principalement dans les grandes villes, qui attirent une clientèle jeune et que l’on peut qualifier de « bobo ». Une clientèle qui, bien souvent, s’intéresse finalement assez peu au vin et ne le connaît pas très bien, davantage désireuse de choisir un vin en fonction de son mode de production – nature, bio, etc. – et du vigneron, de sa personnalité, qu’en fonction des appellations. Un constat qui montre bien l’importance de trouver un juste milieu entre tradition et modernité, comme l’explique la sémiologue Florentine Mähler-Besse, prenant notamment l’exemple du vin bio qui, en permettant un retour aux sources et à la terre, apporte un progrès et de la modernité. Un constat qui rappelle également que le vin fait partie de son époque et que l’association du vin à la politique, au style de vie ou encore à l’incarnation à travers des vignerons sont autant d’éléments qui enrichissent son discours et parlent à la génération Y, comme l’explique Eric Darkplanneur Briones ici.  

Vin et femmes

Lorsque l’on demande à Solenne Jouan ce que lui inspire un « vin de femme », cette dernière énumère d’abord des appellations et cépages avant de répondre que cette expression « veut tout et rien dire », balayant ainsi les clichés et préjugés sur la question. Pourtant, il reste des clichés en la matière, explique la sommelière, qui a déjà été confrontée à des clients lui demandant où était le sommelier, surpris par sa jeunesse et le fait qu’elle soit une femme. Côté clients, c’est encore majoritairement l’homme qui choisit le vin au restaurant, bien que les femmes s’intéressent au vin, avec un regard souvent plus décomplexé et détaché du classement d’un vin ou de son prix.

Vin et innovations

Côté nouvelles technologies et réseaux sociaux, la sommelière n’en voit pas forcément l’intérêt. Pour elle, ce qui compte, c’est avant tout la rencontre, le moment, le coup de cœur. Elle n’utilise ainsi jamais de sites de e-commerce et n’en voit pas l’intérêt pour choisir un vin. Elle préfère privilégier l’achat en direct, chez le vigneron, ou l’achat chez le caviste. Côté applications, elle reconnaît l’utilité de pouvoir, par exemple, comparer et avoir différents avis sur un vin, un cépage, une appellation, mais n’en utilise pas par manque de temps. Vous pouvez quand même croiser la sommelière sur Instagram, où cette dernière poste des photos de ses rencontres avec des vignerons, de ses dégustations, de ses coups de cœur. 

 

Et si l’on devait définir le rapport de Solenne Jouan au vin en deux mots, ce sont les mots incarnation et engagement qui nous viendraient tout naturellement à l’esprit. 

Mots-clés

Google+ Linkedin Partager par Email