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Interviews de Quentin de Molliens, Président de LA Vigne Numérique & Gilles Brianceau, Directeur d’Inno’vin

Agriculture connectée, applis dans le domaine du vin, utilisation des réseaux sociaux… Comment la filière vitivinicole s’est-elle adaptée à ces évolutions et quels sont les défis à relever pour demain ? Quel rôle la nouvelle génération (les 18/30 ans, appelés génération Y) joue-t-elle dans ce processus ? Pour y répondre, Vin & Société a interrogé deux « pionniers » de la vigne en mode numérique. Ils nous livrent leur vision de l’innovation vitivinicole, tant celles qui concernent les viticulteurs que celles qui concernent les consommateurs de vin. 
 

Gilles Brianceau

Gilles BrianceauDiplômé de Sciences Po Bordeaux, il reprend la propriété familiale et s’investit auprès de son syndicat viticole (appellation Côtes de Bordeaux). Il arrive en 2010 à la tête d’Inno’vin, cluster de la filière vitivinicole de la région Aquitaine Limousin Poitou Charente. Structure unique en France, Inno’vin accompagne les entreprises dans leurs projets d’innovation et permet de favoriser les rencontres entre les acteurs de l’écosystème vitivinicole – producteurs et négociants, fournisseurs, laboratoires et centres d’expérimentation, institutions. 

Quentin de Molliens

Quentin de MolliensAprès des études de géographie, il travaille dans un premier temps à Londres dans un cabinet de conseil environnemental puis revient sur Nantes pour s’occuper de la communication digitale d’une start-up. Il lance ensuite sa propre start-up – Vin à la Carte – avant de s’impliquer avec les autres membres fondateurs dans la création de LA Vigne Numérique. Ne poursuivant pas son projet de start-up – Vin à la Carte, il co-fonde une agence conseil – Mineral Agency – avec un des membres de LA Vigne Numérique. Groupement de start-up mêlant vin et numérique en Loire-Atlantique, LA Vigne Numérique a plusieurs missions, avec le numérique en toile de fond : rapprocher consommateur et vigneron, vulgariser et démocratiser l’approche du vin, sensibiliser les viticulteurs au numérique et leur faciliter l’approche et la prise en main des outils numériques, rapprocher les acteurs du vin et du numérique, aider ses entreprises adhérentes (BtoB, accès au marché, visibilité…).

Les viticulteurs : une évolution encore un peu lente ?

Pour Gilles Brianceau, l’adoption par les viticulteurs des innovations (objets connectés, drones, capteurs…) est encore faible pour plusieurs raisons. En cause : un processus de production complexe et long où l’adoption de nouveaux outils demande donc du temps. Selon les régions, les climats ou les cépages, la culture de la vigne est hétérogène et les besoins et les outils ne sont pas les mêmes. Mais Gilles Brianceau reste confiant sur le moyen-long terme : « nous sommes pour l’instant dans une phase de test, aux débuts du processus, mais ensuite l’adoption devrait s’accélérer ». Et elle s’articulera probablement autour de deux évolutions majeures. L’inévitable renouvellement de la profession d’abord, beaucoup d’exploitations allant changer de main dans les années à venir, ce qui va amener des mutations en matière de management et de gestion du numérique. La formation des professionnels ensuite qui devra savoir évoluer avec ces innovations et permettre aux professionnels de saisir les nouvelles opportunités ouvertes. 

Pour Quentin de Molliens, si des barrières sont toujours présentes en ce qui concerne la partie commerciale, pour la production et la vinification la donne est différente et l’adaptation plus aisée. Les nouvelles technologies offrent en effet aux viticulteurs un gain de temps, une utilité palpable et visible… qui les motive à envisager le changement des process. A l’avenir selon lui, la génération Y devrait être porteuse de nouvelles synergies, basées sur une logique de co-construction du futur et sur de nouveaux modèles, tels que l’économie collaborative. Plus habituées au numérique, avec lequel elles ont grandi, les nouvelles générations – qu’on appelle d’ailleurs les « digital natives » – accélèreront certainement son usage.  

Les consommateurs: vers une meilleure connaissance du vin ?

Pour Gilles Brianceau, une multitude de nouvelles start-up et d’applications permettent aujourd’hui de faciliter l’accès au vin pour les consommateurs, notamment ceux de la génération Y : notation des vins, échange avec ses pairs, accès à l’information facilité, outils d’aide à la dégustation… Mais tous ces services et innovations se trouvent confrontés au problème de leur modèle économique : il est difficile en effet de faire payer l’accès à de l’information (alors que le e-commerce est un modèle viable puisqu’il y a acte d’achat) et il peut être difficile pour le consommateur de s’y retrouver parmi toutes ces sources d’information et nouveaux services ! De plus, le vin se trouve toujours confronté à son statut ambigu de produit à la fois culturel et alimentaire : dans l’imaginaire du consommateur (toutes générations confondues), le vin possède toujours un statut « sacré », une position de totem… ce qui ne laisse pas toujours beaucoup de place aux innovations ! 

Quentin de Molliens constate quant à lui qu’il existe aujourd’hui autant de bouteilles au supermarché que de services du vin destinés aux consommateurs ! Si les réseaux sociaux, applications et innovations ont permis de démocratiser l’approche du vin, cette dernière reste encore trop « œnophile ». Le vin reste aujourd’hui difficile à appréhender, on ne devient pas expert du jour au lendemain. Et l’approche technique, très française, ne facilite pas les choses : on communique beaucoup sur l’aspect produit et peu sur l’expérience client, son ressenti, ses émotions. Selon Quentin de Molliens, il existe également une fracture entre le consommateur, citadin (la population étant de plus en plus urbanisée) et le viticulteur, rural, les deux ne partageant ainsi pas forcément le même langage et la même vision. 
Pour faciliter la compréhension des vins dans un premier temps, Quentin de Molliens préconise de se concentrer sur l’expérience vécue autour de la dégustation, en réintroduisant de l’émotion, et de mieux contextualiser la consommation : dans quel contexte je bois ce vin ? Sur la plage ? Lors d’un apéro avec des amis ? Avec des fruits de mer ? Selon lui, les nouvelles générations de viticulteurs et consommateurs, porteuses de nouvelles synergies, seront sans doute plus à même de construire de nouveaux types d’approches. N’est-ce pas déjà le cas, avec de jeunes viticulteurs ultra-connectés et proches de leurs consommateurs, comme Miss Vicky Wine ? 
Enfin, pour réduire la fracture existante entre le grand public et les viticulteurs, et mieux les relier, il invite les viticulteurs à trouver de nouveaux moyens d’assurer une présence physique, en plus des traditionnels salons qui ne parlent plus à la génération Y. Il encourage pour cela le dialogue via les réseaux sociaux et rappelle aussi le nécessaire développement de l’offre œnotouristique, à travers de nouveaux types d’offres par exemple, mêlant dégustation, numérique, culture, échange avec le viticulteur… Et le numérique, à travers ses solutions (réalité augmentée, réseaux sociaux, applications…), permet « de mettre de l’huile dans les rouages du monde du vin » à tous les niveaux, que ce soit pour rendre le vin plus ludique ou plus accessible.  

Pour en savoir plus sur Inno'vin

Inno'vin:

  • Chronologie: en 2006 émerge la volonté de la filière vitivinicole, poussée par la région Aquitaine, de créer un pôle de compétitivité et de fédérer sur un territoire les mêmes acteurs pour être plus performant. Le cluster est créé en 2010. 
  • Objectif: Participer au développement économique de la filière vitivinicole (maintenir sa compétitivité) ainsi qu’à celui des acteurs et entreprises qui la composent (du pied de vigne au consommateur). 
  • Trois missions: 
  1. Accompagner l'ingénierie de projets d'innovation
  2. Animer un réseau d'entreprises: créer des rencontres, partager des idées entre les différents acteurs de la filière, à travers les Vinitiques notamment (créées en 2012).
  3. Proposer des services aux adhérents: participation à des salons professionnels, veille technologique, mise en relation...
  • Composition: 130 adhérents (à 85/90% des entreprises) 

A voir sur internet

http://www.innovin.fr/index.php/fr/

Pour en savoir plus sur LA Vigne Numérique

  • Chronologie: le projet émerge en 2014, l’association est créée en juin 2015 puis lancée officiellement au SIVAL à Angers en janvier 2016. Le mois dernier les Ateliers de LA Vigne Numérique ont été lancés – LA Vigne Numérique voyage dans le vignoble et va au contact des vignerons – ainsi qu’une enquête régionale (en Loire-Atlantique et Maine-et-Loire) sur les pratiques numériques du vignoble ligérien. 
  • Objectifs:
  1.  Se positionner comme un acteur capable de répondre aux questions alliant numérique et viticulture sur le territoire ligérien ; être une sorte de « FAQ géante ». 
  2. Simplifier la question du numérique pour les acteurs viticoles.
  3. Se regrouper pour être plus forts et capables de répondre à des problématiques communes. 
  • Composition: 10 start-up 

A voir sur internet

http://www.lavignenumerique.org/

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