Dans un milieu masculin qui avait tendance à facilement coller des étiquettes, les femmes ont pris de la bouteille. Preuve en est avec Isabel Ferrando qui, à 38 ans, a eu le courage d’abandonner sa carrière de banquière et est retournée à l’école, celle des vignerons en Provence. Retour sur le passionnant témoignage d’une femme « qui casse la barrique ».

Une banquière envoûtée par un Meursault de Coche-Dury
« Jusqu’à l’âge de 30 ans, je ne buvais pas. J’ai rencontré le vin par un Meursault de Coche-Dury. De là, une obsession est née, j’ai eu soif d’en savoir davantage : j’ai sillonné en voiture les vallées du Rhône et j’ai beaucoup lu. J’ai eu le déclic pour le métier de vigneronne à la naissance de ma fille. C’était le moment où je devais être en cohérence avec moi-même et j’ai quitté mon métier de banquière des agriculteurs. Rien ne me prédisposait à ça sauf le lien viscéral que j’ai avec la terre, surtout celle de Châteauneuf du Pape, plateau de galets roulés. »

Surnommée Manon des Sources par les autres vignerons
« A 38 ans, je suis retournée à l’école pour apprendre le métier de vigneronne et j’ai commencé dans le métier en 2003, année de canicule. Les fruits du raisin séchaient littéralement sur les vignes. J’ai eu la chance d’être parrainée par Henri Bonneau, légende vivante du cru, qui l’a fait je crois surtout comme un pied de nez par rapport à notre milieu. Au début, j’étais tellement blonde, pâle, acharnée sur mon tracteur sous un soleil de plomb, et inlassablement j’arrosais mes plans de vigne un à un pour contrer la sécheresse… les autres vignerons m’observaient et m’avaient surnommée « Manon des Sources. » Une réaction condescendante souligne-t-on en plateau ? « Non, une réaction… paysanne » précise-t-elle dans un sourire. « Face à ce type de comportement, j’ai toujours essayé d’occulter mon sexe : je suis une professionnelle, je suis une vigneronne. »

Ne pas dégrader le produit : la grande leçon du métier
« Une grande partie du métier de vigneron est liée à la dégustation et à la sensibilité, et à ce niveau les femmes ont toutes leur place et le même talent. Pas plus que les hommes mais pas moins ! ». Homme ou femme, la grande leçon, le principal talent d’un vigneron est selon Isabel de « ne pas dégrader le produit ». Aujourd’hui, Isabel Ferrando est à la tête de 28 hectares de vignes au sein de l’appellation Châteauneuf du Pape, ce qui lui permet d’avoir la complexité des terroirs désirés et tous les cépages. Elle voyage beaucoup pour parler du vin. « Je suis hyper française, je parle du mistral, de la cuisine, des 13 plats de Noël, des nuances qui caractérisent notre savoir-faire… ». Un joli supplément dame qui a su se tailler la place qu’elle méritait dans les plus hautes oenosphères

POUR ALLER PLUS LOIN
>> D’autres témoignages féminins sur la soif d’apprendre.

« L’objectif de notre école et de former les gens à parler du vin dans toutes ses dimensions, notamment culturelles. Sur 30 élèves, 17 sont des femmes au Master de Dijon. »
Joelle Brouard, directrice de M.S commerce international des vins et des spiritueux à Dijon

«  Aux Etats-Unis on sent toujours les effets de la prohibition. Cela a créée en réaction une culture de boire et de s’enivrer. »
Elisabeth Dzonek, étudiante au Master de Dijon

« Le crédo de la Chaire UNESCO « Culture et tradition du vin » est d’appréhender le vin comme produit culturel, vecteur de société. »
Jocelyne Perrard, directrice de la chaire Unesco

« Je fais rentrer mes élèves dans le vin par le plaisir. Certainement pas par la technique ou l’expertise. »
Isabel Ferrando

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