Caroline Furstoss

Elue sommelière de l'année en 2014 par ses pairs, à tout juste 30 ans, Caroline Furstoss nous livre à travers son point de vue de jeune femme sommelière et d’experte un éclairage intéressant des rapports entre les jeunes de 18-30 ans (et notamment les femmes) et le vin ; comme leurs nouveaux goûts, la différence de perception hommes-femmes ou l’impact des nouvelles technologies.

Née en Alsace, Caroline a été initiée jeune, par sa famille et lors de fêtes viticoles, au plaisir de déguster des vins, de déceler les cépages. Une aptitude qu'elle a développée lors de sa formation à l'école hôtelière de Strasbourg (mention sommellerie) puis lors de ses différentes expériences professionnelles : à l’Auberge de l’Ill à ses tout débuts (restaurant 3 étoiles où officie le meilleur sommelier du monde) ou au Méridien à Dubaï.  Actuellement sous-chef sommelière chez Jean François Piège, elle a également lancé en 2015 le site sommelierparticulier.com qui propose une sélection personnalisée de vin à un public de particuliers.

Vin & Génération Y 

« Les jeunes sont curieux de connaître des vins étrangers ou naturels, au détriment de vins plus classiques. »

Comment les jeunes perçoivent-ils le vin ? Quelle culture en ont-ils ? Selon Caroline, les jeunes sont plus curieux de connaître des vins étrangers que les générations précédentes. Ils sont aussi plus attentifs à la traçabilité du produit, à son mode de production et plébiscitent les vins plus « nature », même s’ils ont parfois tendance à confondre les genres. Comme l’explique Caroline, il y a en effet les vins naturels (non réglementés), ceux produits par l’agriculture biologique (vins certifiés bio par la communauté européenne) et ceux issus de la biodynamie (obéissant à des labels spécifiques). Cet engouement pour la nouveauté s’accompagne aussi d’une certaine prise de distance des vins dit « classiques ». Pourtant, comme le souligne la sommelière, « il en existe aussi au très bon rapport qualité-prix. Un travail de pédagogie doit être effectué comme c’est souvent le cas pour le vin qui est un produit assez technique nécessitant un minimum de connaissances. Mais les jeunes ne sont pas plus incultes qu’avant ! Ils se montrent même souvent plus curieux que leurs aînés. On le voit bien avec les cours d’œnologie qui se sont beaucoup développés. »

Vin & Femmes

« Les femmes boivent le vin pour le plaisir. Les hommes sont plus techniques et statutaires dans leur approche. » 

Face à des femmes qui investissent de plus en plus le monde du vin, Caroline nous rassure sur leur intégration dans ces métiers traditionnellement dévolus aux hommes : « je n’ai jamais senti de discrimination liée à mon sexe. J’ai toujours été entourée de gens tolérants. Ce qui surprend le plus, à la limite, c’est ma jeunesse. Les clients se demandent si je suis assez compétente ». Et à la question : « y a-t-il des différences entre les hommes et les femmes dans leurs rapports au vin ? », la réponse est d’abord négative. « Non, il n’y en a pas vraiment, c’est plus une question de sensibilité que de sexe » indique Caroline. Mais en creusant un peu, il apparaît tout de même des rôles différents autour du vin et de la table. « Dans la majorité des cas, c’est l’homme qui choisit et passe la commande au restaurant. Mais il précise souvent que c’est sa femme qui approuve ou désapprouve in fine le choix, c’est elle qui a le palais le plus fin ! Personnellement, je fais toujours goûter le vin aux deux en même temps. » Une différence qui se situe aussi dans la perception du produit : « les femmes sont hédonistes, elles boivent du vin pour le plaisir. Les hommes font plus attention au côté statutaire (vin renommé, prix…) et se montrent souvent curieux d’en savoir plus, ils ont une approche plus technique. » 


Vin & Innovations

« Les nouvelles technologies ont révolutionné le monde du vin… Mais il reste tributaire de la nature.»

Et côté innovations, nouvelles technologies, le vin a-t-il beaucoup changé ces dernières années ? Assurément oui selon Caroline : « en 15 ans, tout s’est accéléré très vite côté innovations. Les nouvelles technologies ont beaucoup apporté notamment au niveau de la production ou de la consommation. Je pense par exemple à ces applis qui aident à identifier les vins ou ce nouveau système d’ouverture de bouteille qui permet de déguster un seul verre de vin sans se préoccuper de finir la bouteille. Et avec les réseaux sociaux, il y a beaucoup plus d’informations qui circulent sur le vin et il est facile d’y accéder. Avant, les clients faisaient confiance au sommelier. Ils ont maintenant accès à d’autres sources, ils peuvent s’informer par eux-mêmes. » Pour demain, la sommelière rappelle que « même s’il y aura sûrement encore des améliorations au niveau des techniques de production ou de commercialisation, le vin restera toujours un produit du terroir, très tributaire de la nature : les sols, le climat, le temps incompressible de maturation du raisin. On pourra probablement limiter les méfaits des intempéries mais on ne pourra pas contrôler entièrement la production du vin… Sauf à le dénaturer et à jouer les apprentis sorciers, ce qui est toujours risqué. »

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