Portrait Maria Canabal

Si les femmes du vin se regroupent pour faire entendre leur voix et ne plus être invisibles (Cercle Femmes de Vin et association Women do wine en France), le monde de la gastronomie n’est pas en reste. Nous avons rencontré Maria Canabal, journaliste #food, #travel et #lifestyle, auteure mais aussi présidente du Parabere Forum, le premier forum mondial pour les femmes de la gastronomie. Entretien avec une femme qui compte bien se faire entendre et faire bouger les lignes.

Vous êtes présidente du Parabere Forum. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce forum ?

Le forum existe depuis maintenant 4 ans et j’en ai toujours été présidente. Sa création est partie de mon parcours et de mon expérience. J’ai une formation d’avocate et pendant mes études de droit, je suis devenue activiste pour les droits de l’homme. J’ai toujours milité pour l’égalité et, à travers mon métier de journaliste, j’ai constaté que la gastronomie est un monde très sexiste, un « Boys Club ». Dans les articles sur la gastronomie et le vin par exemple, on ne parle de femmes que dans les articles sur les femmes. J’ai donc décidé il y a 4 ans de monter une association à but non lucratif et d’organiser un forum, avec pour objectif de favoriser la diversité dans le monde de la gastronomie. Cela n’a pas été facile, on nous a d’abord comparé à une « réunion tupperware ». Pourtant, dès la première année, le Parabere forum est devenu une plateforme mondiale. Des participantes de 30 pays sont venues ainsi que la presse pour couvrir l’événement, notamment la chaîne CNN. Aujourd’hui, on compte environ 400 participantes chaque année mais le forum n’a pas vocation à grandir. C’est un événement gratuit et itinérant qui permet de faire du networking – beaucoup de projets naissent chaque année après le forum – mais aussi de toucher des personnes d’horizons variés. C’est tout le spectre du monde culinaire qui est représenté : femmes chefs, chercheuses, scientifiques, activistes... mais aussi sommelières ou œnologues. Le monde du vin est toujours représenté au Parabere Forum. Celui-ci est toujours organisé le week-end précédant la journée de la femme qui a lieu le 8 mars. La thématique varie tous les ans, elle est choisie collectivement : inspiration, entrepreneuriat, redéfinir le durable ou encore edible cities l’année prochaine. Le matin, seules des femmes interviennent, un peu au format TEDx, parce que nous avons besoin de modèles inspirants. L’après-midi, le forum redevient mixte et tables rondes et débats se succèdent. 

 

Existe-t-il d’autres associations de femmes dans le monde de la gastronomie ?

Oui, il en existe : Athru en Irlande, Fully Booked en Australie, Les Dames d’Escoffier au Royaume-Uni, Women Chefs & Restaurateurs aux Etats-Unis par exemple. Ce sont souvent des actions locales, au niveau international, il n’existe que le Parabere forum. 

 

Quels sont les clichés les plus récurrents sur les femmes dans le monde de la gastronomie ? Comment les déconstruisez-vous ?

Il y a trois clichés qui reviennent systématiquement : « c’est trop dur », « c’est trop d’heures » et « elles ont des enfants ». Voici ce que nous répondons à chacun de ces clichés :

  • « C’est trop dur » : oui mais pour les hommes ET pour les femmes, et non que pour les femmes. Les femmes sont fortes et effectuent des métiers très durs, comme l'agriculture par exemple.
  • « C’est trop d’heures » : oui mais pour les hommes ET pour les femmes. La différence étant que la société attend des femmes qu'elles gèrent en plus le foyer et la famille.
  • « Elles ont des enfants » : oui, comme dans d’autres métiers très prenants également (médecins, infirmières, journalistes...)

 

Est-ce que les choses bougent ?

Non, les choses ne bougent pas. Les chefs sont engagés dans beaucoup de causes mais peu dans l’égalité. Je rêve que les chefs refusent de venir aux colloques, forums et débats où les femmes ne sont pas représentées, comme c’est le cas en Australie. Pour que cela change mais aussi montrer qu’il existe des femmes dans le monde de la gastronomie et que ne pas les avoir, c’est rater plus de la moitié du talent, nous avons construit une base de données de 5000 femmes qui est gratuite et à disposition. Divers organismes, congrès, fondations et universités, y ont déjà eu accès en France comme à l’étranger. 

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