Grégoire Kalt - balance

Le French Paradox part d’un constat étonnant : une consommation de vin régulière et modérée aurait des effets bénéfiques sur la prévention des maladies cardiovasculaires… En cause ? Les polyphénols, et une meilleure hygiène de vie. Explication détaillée de cette spécificité française.

Naissance du French Paradox

Attaque, infarctus, accident vasculaire cérébral… autant de maladies cardiovasculaires qui ont été, en France, responsables en 2008 de 30% des décès chez les femmes et 25% des décès chez les hommes. De nombreux facteurs agissent sur le déclenchement de ces maladies : alimentation déséquilibrée et trop riche en graisse, stress, manque d’activité physique, tabac, surpoids, hypertension, diabète...

Pourtant, dès 1992, l’équipe de Serge Renaud a montré que les Français - qui avaient un régime alimentaire aussi riche en lipides et les mêmes facteurs de risque que les Américains - présentaient un taux de décès par maladies cardio-vasculaires plus faible. La cause de cette différence de taux de décès ? La consommation modérée de vin, typique des Français. Le French Paradox était né. Il fait rapidement le tour de la planète… Les chercheurs français décrivent une courbe « dite en J », avec une baisse du risque cardiovasculaire pour des consommations de 20 à 40 g d’alcool par jour (2 à 4 verres de vin) et une augmentation du risque pour des consommations supérieures.

Remise en cause… et confirmation

Quelques années plus tard, l’étude MONICA pilotée par l’OMS, montre que les Français présentent une fréquence de maladies coronaires intermédiaire entre les pays du Nord et du Sud de l’Europe. Les auteurs concluent donc à un gradient Nord Sud, davantage lié au régime alimentaire qu’à la seule consommation de vin. Le French Paradox est alors remis en cause et de nombreuses équipes de recherche tentent de mieux comprendre le phénomène. Les études épidémiologiques se succèdent et se complètent… Toutes retrouvent que la consommation modérée d’alcool permet de décrire une courbe en J, (effet préventif à dose modérée et effet néfaste pour des doses importantes) dans la prévention des différentes formes de maladies cardiovasculaires. La robustesse de la courbe en J est confirmée dans plusieurs publications. En particulier, les études Interheart et Interstroke1 montrent que la consommation modérée d’alcool a un effet protecteur contre les infarctus et les attaques au même titre que la consommation de fruits et de légumes et la pratique d’un exercice physique régulier.

Les polyphenols, un atout spécifique au vin

En Italie, l’équipe de di Castelnuovo réalise une méta-analyse en 2002 et compare l’efficacité des différentes boissons alcoolisées. Les résultats concluent à un effet cardioprotecteur supérieur du vin par rapport à la bière et aux autres alcools. La seule présence de la molécule d’alcool (l’éthanol) ne suffit donc plus à expliquer l’effet cardioprotecteur du vin. Très vite, d’autres molécules sont identifiées : les polyphénols. Véritables molécules anti-oxydantes, elles agissent dans l’organisme et permettent de lutter contre les radicaux libres en retardant ainsi le vieillissement cellulaire. Des études in vivo et in vitro décrivent les mécanismes d’action de l’éthanol et des polyphénols dans les cellules. Différentes pistes de recherche permettent alors d’expliquer les phénomènes biochimiques à l’origine de la protection cardiovasculaire constatée.
 

Une meilleure hygiène de vie pour les consommateurs 

Mais, ces considérations mécanistiques ne suffisent pas non plus à expliquer l’effet cardioprotecteur du vin dans sa globalité. De nouvelles études montrent que les consommateurs de vin ont une meilleure hygiène de vie : alimentation plus équilibrée, pratique régulière d’activité sportive, moins de tabagisme… autant de facteurs permettant de réduire les risques de maladies cardio-vasculaires. De plus, la consommation modérée d’alcool diminue le niveau de stress, également impliqué dans le déclenchement de certaines pathologies cardio-vasculaires comme les infarctus. Il a par ailleurs été démontré que les consommateurs modérés de vin, et d’alcool de manière générale, ont souvent une vie sociale et un statut socio-économique plus élevé, ce qui contribue également à réduire les risques de maladies cardio-vasculaires. Une étude récente montre même que la consommation modérée de vin, à la française (au cours des repas et de manière régulière) est plus efficace dans la prévention des infarctus qu’une consommation irrégulière et excessive de type binge-drinking.

La consommation modérée de vin au cours des repas est efficace et utile pour lutter contre les maladies cardio-vasculaires. Elle ne saurait cependant se substituer à une hygiène de vie équilibrée. Le French Paradox existe donc bien et serait tout autant lié à notre art de vivre à la française Une consommation modérée et responsable de vin doit respecter les limites fixées internationalement par les experts de l’OMS :

  • 1 jour d’abstinence par semaine ;
  • 2 verres maximum par jour pour les femmes ;
  • 3 verres maximum par jour pour les hommes ;
  • 4 verres maximum en une seule occasion.

La consommation de vin doit toujours être associée au plaisir et à la convivialité. L’état actuel de la science ne permet pas de recommander une dose universelle. Tout est une question d’équilibre, mais il est désormais établi que la consommation modérée et régulière de vin permet de diminuer les risques de maladies cardio-vasculaires mais également de cancers et de maladies neuro-dégénératives…

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