[Etude] Quel avenir pour le marché de l’emploi dans la filière vin ?

Portée sur les emplois et métiers dans la filière vin et spiritueux, l’étude pilotée par le CNVS (Conseil National des Industries et Commerces en Gros des Vins, Cidres, Spiritueux, Sirops, Jus de fruits et Boissons diverses) dresse un bilan à date et donne des pistes d’évolution possible pour les 5 à 10 prochaines années. Passage en revue des principaux défis auxquels la filière est et sera de plus en plus confrontée à l’avenir.

Le marché : concurrence accrue… et changement de modèle ?

Les constats d’aujourd’hui

Les différentes régions viticoles font face au même constat : bien que très riche et très variée, leur offre est souvent perçue comme complexe par le consommateur. Pour produire et présenter ses vins à la clientèle, la France reste en effet centrée sur la vision du producteur (territoires, appellations...). Au contraire, les pays du Nouveau Monde ont développé une stratégie commerciale axée sur la demande des nouveaux marchés et consommateurs. Ils produisent ainsi des vins très ciblés, parfaitement adaptés au goût du public, et concurrencent la France sur les marques d'entrée et de milieu de gamme. Sur les grands crus et vins premium en revanche, la France garde son leadership historique, la « marque France » demeurant une référence en la matière. Autre particularité du marché français : 78% des producteurs sont des toutes petites entreprises (moins de 10 salariés). Un modèle économique qui lui permet de produire des vins très variés mais qui limite aussi ses ressources matérielles et marketing.  

Enjeux pour demain

Pour faire face à la concurrence des pays du Nouveau Monde, la France aura tout intérêt à développer une stratégie plus axée sur le consommateur afin de mieux cerner les attentes du public et de mieux y répondre : nouveau positionnement prix/produits, sélection des débouchés les plus prometteurs, lisibilité de l’offre, construction et renforcement des marques AOP...  La modernisation des méthodes de production, des outils de gestion et l’évolution des modes de commercialisation – développement du e-commerce, commerce extérieur, agriculture connectée – sont également un défi pour les acteurs de la branche. Pour répondre à ces enjeux, l’étude propose que les entreprises de petite et moyenne taille se regroupent pour mettre en œuvre des stratégies (commerciales, marketing ou de production) communes. Cela leur permettrait également de réaliser des économies d'échelle en mutualisant leurs moyens – des économies qu'ils pourraient ensuite réinvestir dans des ressources humaines ou matérielles.

L’emploi : une nécessaire mutation

L’emploi : une nécessaire mutation 

Pour répondre aux enjeux du marché, et à ses propres spécificités, l'emploi dans la filière vin devra évoluer et développer l'acquisition de nouvelles compétences. 
 

Les constats d’aujourd’hui

Comparés au reste du secteur agroalimentaire, les actifs du secteur vin sont moins jeunes et plus diplômés : 32% de Bac+2 et plus (contre 19% dans l’ensemble des Industries Agro Alimentaires – les IAA), 15% de Bac+3/4 et plus (contre 8% dans les IAA). On compte cependant 50% de salariés de niveau inférieur ou égal au CAP/BEP.

Le marché de l’emploi se caractérise aussi par une triple concentration. En termes de revenu : 65% du chiffre d’affaires de la branche en 2013 est réalisé par les entreprises de plus de 50 salariés. En termes d’effectifs : 78% des petites entreprises de moins de 10 salariés n’emploient qu’environ 17% des effectifs de la branche contre 83% pour les 24% des PME et grandes entreprises. Et enfin en termes de géographie : l’emploi est concentré dans les bassins aquitains, bourguignons, champenois ainsi que dans la vallée du Rhône et de la Charente. 

Pour finir, entre 2004 et 2012, on note une faible diminution des effectifs de 1,6%, ceci s’expliquant par une automatisation des moyens ou outils de production et une concentration des compétences autour des grands groupes. Les métiers les plus touchés sont ceux liés à la maintenance, au transport, aux fonctions commerciales et à la production (chai). Au contraire, les métiers liés aux RH et au marketing connaissent une forte croissance. A noter également : les métiers liés à la direction des entreprises ainsi que les fonctions logistiques connaissent une légère hausse.

 

Enjeux pour demain

Du fait d’une moyenne d’âge globalement plus élevée comparée au reste du secteur agroalimentaire*, la question du renouvellement des effectifs va se poser à moyen/long terme, à moins de renforcer l’attractivité de la filière. L’ouverture internationale, la technicité des métiers et l’importance de l’aspect marketing constituent autant d’atouts pour séduire de nouveaux candidats. 

Les nouveaux enjeux de la filière – comme l'automatisation renforcée de la production, la croissance des fonctions marketing et RH, les connaissances linguistiques – nécessiteront de faire évoluer les métiers et les compétences des personnes employées dans ce secteur. La formation jouera dans ce cadre un rôle majeur. 

Parmi les profils de métiers existant, 4 sont particulièrement visés par l'évolution de leurs compétences : les agents du pôle de production devront accroître leurs compétences techniques (notamment en matière d'automatismes), les commerciaux auront à développer leurs compétences stratégiques et linguistiques, les métiers liés à la logistique renforceront leur gestion de la supply chain (chaîne logistique) et les fonctions support auront pour défi de se professionnaliser, notamment en matière de RH. Quant à notre traditionnel « vigneron à la française », ancré dans un mode de production relativement artisanal et tourné vers le local, il connaîtra à n’en pas douter une profonde métamorphose !

Chiffres clefs de l'emploi dans la filière vin

En 2014

  • 3 120 entreprises vins et spiritueux et 43 000 salariés

En 2013 (source : Rapport de branche Vins et Spiritueux – données 2013)

  • 38% de femmes en vinification, 34% de femmes dans la fabrication de vins effervescents et 41% de femmes dans le commerce de gros de vins et de spiritueux
  • *Age moyen des salariés : 42,5 ans avec 29% de salariés senior (45 ans et +) dans la vinification, 51% dans la fabrication de vins effervescents et 45% dans le commerce de gros de vins et spiritueux

En savoir plus sur l'étude

Etude prospective CNVS : « Emplois et métiers dans la branche des vins et spiritueux ».

Pour mener cette étude, plus de 40 entretiens ont été menés auprès d’entreprises et de représentants d’organisations syndicales régionales ainsi que d’institutions nationales telles que le FAFSEA (Fonds National d’Assurance Formation des Salariés), le CNVS (Conseil National des Industries et Commerces en gros des Vins, Cidres, Spiritueux, Sirops, Jus de fruits et Boissons diverses) ou encore des fédérations adhérentes du CNVS.
 

A voir sur internet

La synthèse de l'étude est disponible sur le site du FAFSEA.

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