Jean François Pradeau, philosophe et spécialiste de l’antiquité, revient sur un passage du texte des Lois de Platon qui souligne que le vin sociabilise et désinhibe. Il est en cela une condition nécessaire à la pratique et à la célébration quotidienne de la vertu. 

En substance, que dit le texte de Platon ?
L’état d’ébriété en fin de banquet est une comparaison avec les citoyens dans la démocratie : chacun donne son avis en étant persuadé qu’il est important, mais la raison est altérée et les citoyens ne sont toujours maîtres d’eux-mêmes. Cependant, selon Platon, il ne faut pas se passer de vin : il est un adjuvant absolument nécessaire à la cohésion des citoyens dans la cité idéale des Lois. Les citoyens qui n’oseraient pas, par pudeur, se livrer à des activités pourtant indispensables comme chanter, danser… le font moyennant quelques verres de vin.

Comment le vin aide-t-il à sociabiliser ?
Le début de la sociabilité, c’est d’éprouver des émotions partagées ensemble. Pour cela, le vin est idéal, il permet de chanter ensemble, de se lier de manière affective. Platon parle des effets du vin sur l’âme : sous son action, l’âme s’assouplit et devient malléable.

Comment se consomme le vin sous l’Antiquité ? 
Il faut distinguer l’usage domestique où l’on boit du vin à table et en mangeant ; et l’usage social lors des banquets. C’est ce dernier usage qui est le plus courant sous la Grèce ancienne. Dans ce cadre, le vin se consomme après le repas et allongé, il sert à faire des discours. C’est une manière de rendre hommage aux dieux et à la cité. Pour rappel sous Athènes, le vin ne se boit pas pur et est interdit avant 18 ans, âge où l’on devient adulte. Mais à partir de 40 ans, âge mûr, il devient obligatoire d’en boire.

Quelle place pour la philosophie et Platon aujourd’hui dans le monde du vin ?
C’est ce regard platonicien qui dit qu’il y a deux choses qui est intéressant. Avec d’un côté, le vin et ses excès, l’ébriété, qui sont à éviter. Et de l’autre, le vin vu comme un instrument de liaison citoyenne et sociale. Il y a une sorte de subtil équilibre à trouver qui est un appel à la modération.

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