Philippe Durant

Chez Audiard, le vin de base était le picrate. Estampillé comme tel dans Archimède le clochard (« On refuse mon picrate et on me traite de louf ! »). Mais le Michel avait une trop haute opinion des productions vinicoles pour le laisser entre les mains de gens qui le descendaient au goulot sans vraiment le déguster. Contrairement à certains de ses personnages, il n’avait pas le vin petit. Et savait faire la différence entre un tord-boyau à la mode Comment réussir quand on est con et pleurnichard (le dangereux Vulcani, fumeuse « source de jouvence »), et un grand cru.

Bien que Parisien pure souche - donc pas du tout né dans des régions où la vigne s’épanouit (il y a bien quelques plants du côté de Montmartre mais pas de quoi abreuver une colonie de soiffards) – Audiard aimait le vin. Pour accompagner un bon repas. Lorsqu’il s’asseyait à sa table (toujours la même) au Fouquet’s, il commandait des oursins et le vin blanc qui devait forcément l’escorter. Un repas sans vin eut été pour lui le summum de la tristesse voire de l’ennui.

Les mets se partageant entre gens de bonne compagnie, le vin s’imposait comme l’indispensable copain des bons moments, déliant les langues et réchauffant les cœurs. Vive le vin qui coule de verre en verre. Non celui que l’on sirote dans un coin en loucedé.

Coïncidence ou non : ses amis partageaient ce penchant. De Gabin à Ventura, de Belmondo à Aznavour. Certains étaient des spécialistes en la matière. Des tricheurs, puisqu’ils avaient grandi à l’ombre de tonneaux fleurant bon la qualité française. Des gars comme René Fallet ou Jean Carmet, fallait pas les pousser beaucoup pour qu’ils dissertent pendant des heures sur le vin. Et pas pour débiter des fadaises. Des propos d’amateurs plus qu’éclairés, quasiment d’œnologues. Audiard en profitait pour déguster aussi leurs paroles.

A l’opposé des immortels piliers d’Un singe en hiver, dans le vin ces messieurs ne cherchaient jamais l’ivresse mais le plaisir. A ne pas confondre. « On ne boit pas pour s’enivrer, affirmait Carmet, on boit parce qu’un coup de vin bien frais c’est bon quand il fait chaud et un bon coup de vin chaud c’est bon quand il fait froid. »

Chez Audiard, le lettré, le vin possédait un avantage supplémentaire. Dont il parlait rarement mais qui lui réchauffait les souvenirs : ça le renvoyait à Arthur Rimbaud, l’un de ses maîtres. Le vin, compagnon de voyage vers des contrées que Michel explorait sans relâche…

 

Philippe Durant est spécialiste de Michel Audiard. Il a publié plusieurs livres à son sujet:

- une biographie: Comment réussir quand on est un canard sauvage - Le Cherche Midi

- une amusante étude de ses mots: Le Petit Audiard Illustré - Nouveau Monde

- 500 répliques inédites du maitre pour le Petit Audiard Inédit - Nouveau Monde

 

Spécialiste incontesté (parce qu'incontestable) de Michel Audiard
Philippe Durant a publié plusieurs livres à son sujet : une biographie (Comment réussir quand on est un canard sauvage - Le Cherche Midi) une présentation de son "univers" (Audiard en toutes lettres - Le Cherche Midi), une amusante étude de ses mots (Le Petit Audiard Illustré - Nouveau Monde). Récemment, il a exhumé 500 répliques inédites du maitre pour le Petit Audiard Inédit (Nouveau Monde). 
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