Grégoire Kalt  - journal

Toute l'information scientifique internationale sur les actualités "vin et santé" grâce à la rubrique "News on science" des newsletters du Wine in Moderation.

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Vin et démence

Une nouvelle étude intitulée "Alcohol use and dementia: a systematic scoping review" (Consommation d'alcool et démence : une étude systématique préliminaire) publiée le 05/01/19 a réalisé une analyse systématique de la consommation de boissons alcoolisées associée au risque de troubles cognitifs.

Quel est le cadre ? 

Compte tenu du vieillissement croissant de la population mondiale, les troubles cognitifs et la démence devraient augmenter et créer de sérieux défis pour les prestataires de soins de santé. Le nombre mondial de personnes atteintes de démence devrait tripler, passant d'environ 50 millions en 2018 à 152 millions en 2050. Il est donc très important de trouver des moyens de prévenir et de retarder le début d'un tel déclin cognitif chez les patients. 

Que montrent les études sur l'alcool et la démence ? 

De nombreuses études ont montré qu'une consommation excessive de boissons alcoolisées est associée à un risque accru de démence, mais la plupart des résultats de recherche indiquent que ces risques sont plus faibles chez les buveurs légers à modérés que chez les non-buveurs.

Pour la liste des études sur la démence, voir la section dédiée dans la base de données du Wine Information Council

Que montre cette nouvelle publication ? 

La présente étude comprend 28 revues (de l'an 2000 à octobre 2017). Ces publications ont étudié le volume de boissons alcoolisées consommées et les habitudes de consommation d'alcool en lien avec les troubles cognitifs, la démence ainsi que certaines fonctions cérébrales spécifiques.

D’une part, les résultats ont montré que la consommation légère à modérée de boissons alcoolisées entre le milieu et la fin de l'âge adulte était associée à une diminution du risque de troubles cognitifs et de démence dans de nombreuses études, même si la cause n'a pu être établie.

D'autre part, la consommation excessive d'alcool et le « binge drinking » ont été reliés à des changements dans la structure du cerveau, à des troubles cognitifs et à un risque accru de démence de toutes sortes.

Une consommation d'alcool importante a été définie comme suit : >60g/jour pour les hommes, >40g/jour pour les femmes. La consommation légère à modérée de boissons alcoolisées n'a pas été définie par les auteurs.

Les limites de cette étude par rapport aux publications précédentes 

Dans cette étude, aucune distinction n'a été faite entre les différents types de boissons alcoolisées, alors que de précédentes études ont indiqué qu'une consommation modérée spécifique de vin protégeait contre la démence.

Rehm J, Hasan OSM, Black, SE, Shield KD, Schwarzinger M, Alcohol use and dementia: a systematic scoping review, Alzheimer's Research & Therapy 2019, 11:1, https://doi.org/10.1186/s13195-018-0453-0

 

Commentaire du Dr Creina Stockley, experte du WIC, au sujet de cette étude

"Au cours des dix dernières années, de nombreuses études fondées sur des données probantes concernant l'alcool et la cognition ont été réalisées ; et ont d’ailleurs fait l'objet de nombreuses revues internationales. Bien que leurs méthodologies varient, les études évaluant les liens entre la fonction cognitive et la consommation d'alcool, actuelle et au cours de la vie, suggèrent constamment qu'il existe, tout compte fait, une relation en J ou en U entre la consommation d'alcool et le risque de déficience ou de dysfonction cognitive ainsi que le développement des démences comme la maladie d'Alzheimer. Par exemple, ce type d’association a souvent été observé même en tenant compte du type de boisson, des habitudes de consommation, des périodes de suivi, des facteurs démographiques ou génétiques, ainsi que du mode de vie comme le tabagisme.

Un excellent article de Neafsey & Collins, paru en 2011, comprenait 143 articles publiés entre 1997 et 2011 sous la forme d’une méta-analyse. Cette dernière a montré une réduction de 23 % du risque de troubles cognitifs et de démence chez les consommateurs d’alcool légers à modérés par rapport aux non-buveurs, indépendamment du fait que les anciens buveurs aient été inclus ou non dans les abstinents à vie (suivant l’hypothèse d’abstinence pour cause de maladie). En effet, dans les études qui n'ont pas séparé les abstinents à vie des anciens buveurs,  les effets neuroprotecteurs de la consommation d'alcool deviennent plus forts, dans la mesure où les anciens buveurs, surtout si plusieurs étaient des buveurs excessifs, auraient été exposés à un risque accru au départ. Bien qu'il soit difficile de déterminer une quantité consommée "optimale" parce que les conceptions et les méthodes diffèrent d'une étude à l'autre, aucune donnée n'indique que la consommation d'alcool légère à modérée à long terme ou à vie exacerbe l'altération ou le dysfonctionnement cognitif lié au vieillissement."

Retrouvez l'article en ligne sur le site du WIC.

 

Boissons alcoolisées et médicaments sans ordonnance…une mauvaise combinaison pour les reins

De quoi s'agit-il ?

L'étude "Light to moderate drinking and therapeutic doses of acetaminophen: an assessment of risks for renal dysfunction" (consommation légère à modérée d’alcool et doses thérapeutiques d’acétaminophène : évaluation des risques de dysfonction rénale) a analysé l'effet potentiel des analgésiques en vente libre comme l'acétaminophène (couramment utilisé pour les maux de tête, les rhumes, etc.) en association avec une consommation modérée de boissons alcoolisées sur les fonctions rénales.

Quels sont les résultats ? 

Les résultats suggèrent que même des doses thérapeutiques d'acétaminophène combinées à des quantités légères à modérées d'alcool peuvent avoir des effets néfastes sur les reins, d'autant plus si la personne souffre d'hypertension, de diabète ou d'obésité.

Un verre de boisson est défini comme suit : 360 ml de bière, 120 ml de vin, 30 ml de spiritueux.

La consommation légère à modérée est définie comme suit : jusqu'à 1 verre par jour pour les femmes et jusqu'à 2 verres par jour pour les hommes.

Ndetan H, Evans MW, Singal AK, Brunner LJ, Calhoun K, Light to moderate drinking and therapeutic doses of acetaminophen : an assessment of risks for renal dysfunction, 2018, Preventive Medicine Reports 12 : 253-258, https://doi.org/10.1016/j.pmedr.2018.10.013

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Etude Moli-sani - nouvelle mise à jour : Les buveurs modérés semblent être moins souvent hospitalisés...

Qu'est-ce que l'étude Moli-sani ?

L'étude Moli-sani (www.moli-sani.org) est une étude de cohorte menée dans le centre et le sud de l'Italie visant à évaluer les facteurs de risque (environnementaux, génétiques, biomoléculaires) liés aux maladies dégénératives chroniques, notamment le cancer, les maladies cardiovasculaires, cérébro-vasculaires et neurodégénératives.

Quels sont les derniers résultats de l'étude Moli-sani ?

Dans cette étude prospective comprenant 21000 participants issus d'une population méditerranéenne, les abstinents à vie et les grands consommateurs d’alcool (>48g/jour)* avaient des taux d'hospitalisation plus élevés pour toutes les causes par rapport aux buveurs modérés, les fumeurs actuels étant particulièrement concernés.

Qu'est-ce que cela signifie ?

Il a été montré qu'une consommation modérée de boissons alcoolisées a un impact modeste mais complexe sur la charge globale d'hospitalisation. Les auteurs suggèrent donc que les efforts visant à réduire à la fois la consommation excessive d'alcool et le tabagisme sont susceptibles d'avoir des impacts significatifs sur les systèmes de soin.

Définitions :

  • *Consommation d'alcool importante : >48g d'alcool/jour
  • Groupe de référence : 1-12g d'alcool/jour
  • 12,1-24 g d'alcool : les buveurs légers
  • 24,1 -48 g d'alcool : les buveurs modérés
  • Buveurs occasionnels : moins de 2,5 unités d'alcool par mois
  • La consommation excessive ou "binge drinking" : >4 unités d'alcool (48 g/j) pour les femmes et > 5 unités d'alcool (60 g/j) pour les hommes en une seule occasion
  • 1 unité alcoolique : 120 ml de vin, 330 ml de bière ou 40 ml de spiritueux (contenant 12 g d'alcool)

Costanzo S et tous les investigateurs de l'étude Moli sani, “Alcohol consumption and hospitalization burden in an adult Italian population: prospective results from the Moli-sani study” (Consommation d'alcool et charge hospitalière chez une population italienne adulte : résultats prospectifs de l'étude Moli-sani), Addiction 2018, https://doi.10.1111/add.14490 

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Mise à jour de l’étude CASCADE

Qu'est-ce que l'étude CASCADE ? 

L'étude CASCADE (CArdiovaSCulAr Diabetes & Ethanol) est la première étude randomisée sur le vin focalisée sur le diabète. 224 non-buveurs atteints de diabète de type 2 ont été assignés au hasard à la consommation d’un verre (150 ml) de vin rouge, de vin blanc ou d'eau pendant 2 ans, en complément d'un régime méditerranéen sans limite en termes de calories. 

De quoi s'agit-il ? 

La présente publication, "Wine and health - new evidence" (Vin et santé - nouvelles preuves), résume les résultats anciens de l'étude CASCADE (voir ci-dessous*) et appuie de nouveaux effets chez les hommes et les femmes étant apparus durant l'essai.

Qu'y a-t-il de nouveau et qu'est-ce que cela signifie ? 

Les résultats démontrent des effets positifs sur les lipides sanguins, les composants du syndrome métabolique, la tension artérielle et la répartition de la graisse abdominale. De plus, des effets différents semblent être montrés concernant la consommation de vin en fonction du sexe des participants. Les résultats suggèrent également qu'une consommation modérée de vin chez les diabétiques de type 2 semble être une option sûre en ce qui concerne la variabilité de la fréquence cardiaque et la formation de plaque.

Les conclusions de l’étude sont :

  • Les hommes et les femmes métabolisent l'alcool différemment : L’activité de l'alcool-déshydrogénase (ADH, l'enzyme qui métabolise l'alcool dans le corps) est plus faible chez les femmes que chez les hommes, ce qui entraîne des taux d'alcoolémie plus élevés pour une consommation d’éthanol en quantités similaires.
  • Le vin rouge a des effets positifs sur le taux de cholestérol HDL (bon cholestérol) chez les femmes : dans cette étude, les femmes ayant consommé 150 ml de vin rouge par jour sur 2 ans, ont des taux de HDL significativement supérieurs par rapport au début de l'étude et par rapport aux femmes du groupe vin blanc et eau. Chez les hommes, aucune différence n'a été observée entre les différents groupes.
  • Les taux d'apolipoprotéines augmentent avec la consommation de vin rouge chez les femmes : une différence similaire a été observée au niveau des apolipoprotéines : les femmes du groupe vin rouge ont montré une augmentation significative des taux d'apolipoprotéines par rapport aux hommes du groupe vin rouge. Les auteurs supposent que les effets bénéfiques du vin auraient pu être plus évidents si les hommes et les femmes avaient consommé des quantités différentes de vin, alors que TOUS les participants avaient reçu le même verre de vin.
  • Variabilité de la fréquence cardiaque (VRC) - aucun effet à long terme observé dans cette étude : une mauvaise VRC peut prédire la progression de l'athérosclérose. Cependant, la consommation d'un verre de vin rouge n'a montré aucun effet à long terme sur les paramètres de la VRC dans la présente étude.

* Résultats antérieurs de l'étude CASCADE :

  • Consommation modérée de vin et cœur : Des études portant sur les facteurs chimiques/cellulaires impliqués dans l'athérosclérose soutiennent l'idée qu'une consommation modérée de boissons alcoolisées pourrait ralentir l'athérosclérose. La formation de la plaque a été examinée au début et après deux ans. Les personnes avec les taux les plus élevés de plaques semblaient bénéficier le plus de la consommation de vin rouge.
  • Tension artérielle : Les données antérieures concernant les effets d'une consommation modérée d'alcool sur la tension artérielle sont contradictoires. La consommation de vin rouge dans l'étude CASCADE n'a eu aucun effet sur la tension artérielle sur 24 heures.
  • Consommation modérée de vin et graisse abdominale : Des études ont montré des associations entre les habitudes de consommation d'alcool et la répartition de la graisse corporelle. Le syndrome métabolique est plus fréquent chez les non-buveurs et moins fréquent chez les buveurs de vin. Dans le cadre de l'étude CASCADE, la graisse corporelle a été mesurée au début et après 2 ans d'étude et une consommation modérée de vin n'a pas détérioré la proportion de graisse abdominale.

Note : Il est à noter que même si l'étude CASCADE est relativement petite, il s'agit de la première étude où des participants initialement abstinents ont été répartis aléatoirement en 3 groupes (vin rouge, vin blanc et eau) pour examiner divers paramètres biochimiques et physiologiques concernant la consommation modérée de vin.
 
Golan R, Gepner Y, Shai I, Wine and health- new evidence, 2018, European Journal of Clinical Nutrition, https://doi.or/10.1038/s41430-018-0309-5.

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