Grégoire Kalt - armoire à pharmacie

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Débat autour de la courbe en J et du risque de mortalité - Les scientifiques continuent de critiquer les articles du Lancet

Au cours des dernières décennies, des études observationnelles ont montré que les effets sur la santé chez les personnes qui s'abstiennent totalement de consommer des boissons alcoolisées pourraient être plus néfastes que chez les buveurs modérés. Plusieurs études récentes ont tenté de discréditer la célèbre courbe en J entre la consommation d'alcool et la mortalité toutes causes confondues, en indiquant qu'il ne s'agit pas d'un « niveau de consommation d'alcool sans danger ».

Wood et ses collègues ont, par exemple, contesté l’affirmation historique selon laquelle un verre de vin par jour pendant les repas pourrait réduire le risque de maladies cardiovasculaires et pourrait même être bénéfique pour la santé à long terme.

Depuis sa première publication en avril de cette année, plusieurs chercheurs ont critiqué la conclusion de ces auteurs et considèrent que la décision des scientifiques de retirer les non-buveurs de leur analyse n’est pas scientifiquement valide.

Deux nouvelles critiques contestent l'étude du « Global Burden of Disease Collaborators (GBD) » sortie en août 2018 dans le journal The Lancet. Cette étude avait analysé et synthétisé des données mondiales sur les décès et maladies et avait conclu que le « niveau de consommation d’alcool qui minimise les effets néfastes sur la santé devait être nul ».

Les unes des médias du monde entier ont alors relayé cette information : « Aucune consommation d'alcool sans danger, conclut une étude majeure », « L’alcool néfaste dès les premières gorgées » [média français] ou encore « L’alcool dangereux pour la santé dès le premier verre, selon une méta-analyse »

Le professeur Sir David Spiegelhalter (Université de Cambridge) souligne que les risques absolus, qui ne sont d’ailleurs pas mentionnés dans le document, sont faibles et fondés sur un modèle statistique plutôt opaque. Le document ne fournit que les risques relatifs de dommages graves, y compris un risque accru de 0,5 % à raison d'un verre par jour et aucune estimation des risques absolus liés à la consommation légère d'alcool n'a été fournie. Le Lancet a reconnu qu'une telle méthodologie n'était pas conforme aux propres lignes directrices de la revue et a demandé aux auteurs les chiffres absolus, ce qui a abouti à l’affirmation : « 914 personnes sur 100 000 âgés de 15 à 95 ans développeraient un problème de santé en un an, si elles ne buvaient pas, mais 918 personnes sur 100’000 développeraient un problème de santé lié à l'alcool en un an si elles consommaient à contrario seulement un verre d’alcool par jour. »

Pour mettre en perspective ces résultats, pour chaque tranche de 25 000 personnes qui prennent un verre supplémentaire par jour, une seule personne de plus souffrirait d'une maladie grave liée à l'alcool chaque année. Puisqu'une consommation standard de 10g d'alcool par jour équivaut à 3,65kg par an, soit 16 bouteilles de gin à 40% d’alcool en volume, il faut 400 000 bouteilles de gin réparties sur 25 000 personnes pour entrainer des effets néfastes chez UN individu. Avec ce recul, l'affirmation de l'auteur selon laquelle leurs résultats devraient amener les organismes de santé publique à « envisager de recommander l'abstention » semble, au mieux, faiblement étayée par des preuves scientifiques. Ainsi, un risque qui n'était ni d’un point de vue pratique ou statistique significatif est devenu un sujet d'actualité majeur dans les médias.

Spiegelhalter s'interroge sur la conduite éthique des chercheurs qui peuvent induire en erreur les médias, et par conséquent le public, pour que leurs conclusions soient pertinentes. Selon lui, il est temps que tout le monde prenne ses responsabilités lorsqu'il s'agit de faire connaître les risques sur la santé dans le domaine scientifique : « il est de la responsabilité de chaque chercheur et rédacteur en chef d'examiner les effets plus larges de ce qu'ils publient et de publier des données conformes aux résultats qu'ils ont trouvés ».

Commentaire du professeur Sir David Spiegelhalter de l'Université de Cambridge 

Kari Poikolainen (Université d'Helsinki, principaux sujets de recherche : causes et conséquences de la consommation d'alcool et d'autres substances créant une dépendance) conteste les hypothèses formulées dans le modèle statistique de l'étude sur les décès imputables à l'alcool et suggère que les niveaux de consommation au niveau national et les estimations de la part attribuable à l'alcool soient surestimés. Comme il le résume dans son analyse : « Il y a beaucoup de bruit pour rien avec cette étude du Lancet ».

Critique du professeur Kari Poikolainen de l’Université d’Helsinki

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La consommation modérée de vin identifiée comme l'un des éléments protecteurs du régime méditerranéen

Une nouvelle méta-analyse a étudié le régime méditerranéen de toutes les études prospectives publiées, et évalué la contribution relative des différentes composantes de ce régime sur la longévité ou la mortalité générale. Les résultats confirment une association inverse entre le régime méditerranéen et la mortalité, indiquant que les individus adhérant le plus à ce régime vivent plus longtemps. Concernant les différentes composantes du régime, l'un des principaux facteurs de protection était la consommation modérée et non excessive de boissons alcoolisées, principalement de vin.

Le lien entre le régime méditerranéen et la santé ou la longévité a été démontré de façon régulière dans un grand nombre d'études observationnelles ainsi que dans certains essais cliniques randomisés. Des résumés complets de ces études (aussi connues sous le nom de méta-analyses) ont montré une diminution substantielle de diverses maladies chroniques ainsi qu'un risque de mortalité plus faible chez les personnes adhérant de manière plus assidue au régime.

La présente méta-analyse fournit quant à elle une mise à jour des études prospectives (publiées jusqu'en décembre 2017) pour analyser la relation entre le régime méditerranéen et la mortalité toutes causes confondues, ainsi qu’évaluer la contribution relative de ses différentes composantes. Les chercheurs grecs ont constaté que les personnes qui adhéraient le plus au régime vivaient significativement plus longtemps (association inverse entre la conformité au régime méditerranéen et la mortalité toutes causes confondues). Lors de l'analyse de la contribution individuelle de chaque élément de ce régime à l'association globale entre ce dernier et la mortalité ou la longévité, une consommation modérée de boissons alcoolisées - principalement sous forme de vin - était, outre les fruits et légumes, le facteur le plus protecteur. 

Les auteurs ont ici conclu que même si les bénéfices du régime méditerranéen sur la mortalité sont importants d'un point de vue holistique et de santé publique, il est également crucial de comprendre davantage quelles composantes influencent le plus le rôle protecteur de ce régime pour pouvoir le promouvoir comme un modèle alimentaire sain.

Eleftheriou D, Tricholpoulou A et al, Mediterranean diet and its components in relation to all-cause mortality: meta-analysis, Br J Nutr (2018), 120, 1081-1097, doi:10.1017/S0007114518002593

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