Loi Evin 20 ans après : mission accomplie ?
Publié le 05/12/2011
Enjeux et perspectives
pour la filière viti-vinicole
Pour débuter cette deuxième table ronde, Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean Jaurès, souhaite apporter quelques éléments de contexte : « nous sommes dans un temps saturé, dominé par la vitesse, l’instant, l’action… un véritable culte de l’urgence ! Il faudrait donc parvenir à décélérer, prendre du temps, privilégier le plaisir, le sens et la qualité… et donc décaler notre regard ». Une accélération en grande partie causée par l’apparition de nouveaux media qui posent eux aussi la question de la redéfinition de la Loi. François Patriat, sénateur de la Côte d’or et ancien ministre de l’Agriculture qui vota la Loi : « l’étiologie de la Loi était de limiter la publicité très agressive des grands alcooliers. Mais il y a eu un raté, celui d’une dérive de l’interprétation. Je suis prêt à faire mon mea culpa et à rouvrir le débat ! Faut-il sortir le vin pour éviter la confusion de tous les alcools ? Revoir une Loi très restrictive ? Parlons-en ! ».
Pour Claude Posternak, publicitaire, fondateur de l’Agence La Matrice – et viticulteur ! : « il n’y a pas de lien entre publicité et consommation. C’était bon pour les français du 17e siècle ou des débuts de la pub. De nos jours, la publicité n’organise pas l’incitation, juste la préférence. Ce qui incite à l’alcoolisme, selon moi, c’est une vie difficile, des soucis. C’est un faux débat ! ». Alain Suguenot, député de la Côte d’Or, renchérit : « le postulat de départ est faux : le vin est bon pour la santé ! Il faut simplement changer la Loi, la raccourcir et la préciser pour limiter l’arbitraire… et en faire un Loi, non de perdition mais bien de précision ». François Patriat : « la loi a marché pour la tabac. Il faut en réécrire une pour le vin ». Gérard Voisin, député de Saône et Loire, formule cependant une objection « et les viticulteurs, qu’en pensent-ils ?La Loi était au départ pensée pour protéger les plus petits d’entre eux ».
Pascal Bobillier-Monnot, directeur de la Confédération nationale des vignerons d'AOC (CNAOC), lui répond : « les viticulteurs ont fini par avoir honte de leur produit ». Même écho pour Jérôme Agostini, directeur du comité national des interprofessions des vins d'appellation d'origine : « le vin ne vit pas en dehors du monde comme on le lui reproche. Mais la consommation baisse et avec elle, notre réservoir de consommateurs se tarit. Nous avons besoin, comme nos concurrents, d’un réservoir national nourricier. Les viticulteurs en ont assez que l’on stigmatise leur maison et leur nom. Il y a un problème identitaire négligé et méprisé . Pour y remédier, le vin a besoin de publicité et de précision ! ». Une demande à laquelle fait écho Jean-Louis Vézien: « les professionnels du vin se considèrent comme injustement stigmatisés par cette manière d’appliquer la loi Evin ! Et le déni de culture du vin qui résulte de cette situation se traduit par un effet inverse au but recherché, notamment en matière de dérive de consommation vers des comportements du type « binge drinking » ! D’autant que l’effort semble pouvoir être collectif : Gérard Laloi, Président des brasseurs de France : « pour lutter efficacement contre le binge drinking, il faut éduquer la jeunesse, renverser la charge de la preuve. Tout le monde souhaite participer mais cela nous est refusé »…