Le french paradox a 20 ans

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Publié le 17.11.2011
par Vin & Société
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French Paradox : les 20 ans
d’une révolution

En 1991, le French Paradox, théorisé et popularisé par le Professeur Serge Renaud, bouleverse le paysage épidémiologique mondial. En cause, une étrange anomalie : comparée aux États-Unis, la France présente un niveau plus élevé de facteurs de risques (tabagisme, hypertension, cholestérol et consommation de graisses saturées...) mais une plus faible mortalité cardio-vasculaire (3,5 fois moindre) dont - selon le Professeur Renaud, la consommation de vin pourrait être l'une des causes. Dominique Lanzmann-Petithory, médecin hospitalier, enseignant chercheur à l’université de Bordeaux 2 et collaboratrice de Serge Renaud, revient sur ce phénomène.

« En fait, l’histoire du French Paradox débute en 1981. Jacques Richard, un épidémiologiste de l’équipe du Pr Ducimetière, publie cette année-là : Particularités épidémiologiques de la maladie coronarienne en France à La Nouvelle Presse Médicale. En 1987, il publie Les facteurs de risques coronariens, le paradoxe français dans lequel il décrit pour la première fois une anomalie épidémiologique : malgré des facteurs de risques élevés (taux de cholestérol élevé, hypertension artérielle), les français ont une faible mortalité coronarienne ». Mais c’est dans une très longue interview de Jacques Richard, en 1990, dans le magazine In Health, que le journaliste Edward Dolnick emploie le mot « French Paradox » pour la première fois. Car aux États-Unis, ce phénomène est une véritable énigme ! Dominique Lanzmann-Petithory : « Il faut resituer ça dans le contexte de l’époque : le cholestérol et les graisses étaient au cœur des préoccupations des cardiologues américains. Ils ne comprenaient pas comment les français, avec tout ce qu’ils mangeaient - comme le foie gras ou le fromage ! - avaient 3.5 fois moins de mortalité par maladies cardiovasculaires qu’eux ! » A tel point qu’en 1992, une équipe de CBS vient à Lyon pour enquêter sur le French Paradox et chercher une explication. « Le journaliste, était accompagné par Curtis Ellison, épidémiologiste à Boston. Ce dernier connaissait bien Serge Renaud qui travaillait depuis 30 ou 40 ans sur la thrombose - élément déclenchant de l’infarctus - et parcourait les campagnes d’Europe dans sa « caravane laboratoire » pour étudier l’agrégation des plaquettes dès la prise de sang… »

L’émission Sixty Minutes (genre de 7 sur 7), vue par 50 millions d’américains, fait beaucoup de bruit ! « On y voit des marchés et restaurants débordants d’aliments riches. Interrogé sur les raisons de ce paradoxe, Serge Renaud mentionne l’alcool - mais c’est bien un verre de vin qui est montré. Il va même jusqu’à dire que dès son enfance, on lui donnait un peu de vin coupé d’eau. Ce fût à la fois un scandale et un succès ! ». Six mois plus tard, en juin 1992, le Professeur Renaud formalise ses conclusions dans le Lancet à la demande des autorités américaines. Selon lui, le French Paradox serait dû en partie à la manière française de consommer le vin, c’est à dire à table, en quantité modérée et régulière ». Le retentissement de l’article ne se fait pas attendre Des études ont même montré que suite à l’émission sixty minutes, les ventes de vin aux États Unis avaient augmenté de 40% et que les exportations de vins français avaient plus que doublé entre 1994 et 1998… Il permet aussi de donner l’impulsion à de nombreuses études sur le vin et la santé. Vingt ans plus tard, le French Paradox se vérifie toujours mais de nombreuses recherches restent encore à mener. Dominique Lanzmann-Petithory conclut : «Je suis sur le point de publier trois articles sur les rapports entre le vin et le cancer… Du reste, il faudrait accentuer l’effort de recherche sur les effets du vin et des polyphénols sur la santé ».