Entretien avec Pr. D. Lanzmann-Petithory
Publié le 17.11.2011
“ Le French Paradox est né il y a 20 ans d'un constat qui est toujours valable. Or la genèse de ce concept provenait d'une constatation qui ne donnait pas ses causes. Le génie de Serge Renaud est d'avoir fait ce rapprochement ” raconte Jean Ferrières. “ Nous avons donc continué à travailler là-dessus. Et nous venons même de publier les derniers chiffres, c'est-à-dire ceux de 2007 : à Toulouse, si les taux de maladies coronaires sont toujours très bas, la consommation de graisses saturées occupe 39% de la ration calorique totale et 16% pour les acides gras saturés, soit bien au-delà des taux recommandés ! La variabilité de la maladie coronaire en Europe est extraordinaire, de 1 à 3 pour les infarctus du myocarde et de 1 à 4 pour la mortalité par infarctus. La mortalité coronaire à Toulouse est de 55 pour 100 000, soit un gradient de 1 à 2 par rapport à Lille. On constate donc que la maladie coronaire baisse, mais que le gradient persiste. Il y a donc encore un véritable "paradoxe méditerranéen" qui associe un taux anormalement bas de maladies par rapport aux facteurs de risque. ” Mais l'enquête doit encore progresser : “ On sait aujourd'hui qu'il faut faire de l'exercice, ne pas être obèse, consommer des fruits et légumes riches en antioxydants et que la consommation modérée et régulière d'alcool est protectrice. Or, si on se projette 20 ans en arrière, le vin était pris isolément. Aujourd'hui, il est intégré à une diète globale, avec des repas structurés, méditerranéens du sud, et du vin rouge au cours du repas, de sorte que le bénéfice du vin n'est plus dissociable de celui de la diète méditerranéenne globale. ”
Pourtant, pour Jean Ferrières, il reste difficile de communiquer sur les bienfaits du vin : “ C'est à la fois un sujet scientifique et politique. Les nutriments protecteurs du vin sont difficiles à mesurer. On sait aujourd'hui, par exemple, que les polyphénols ont des effets puissants au niveau cellulaire et vasculaires, mais ce n'est pas assez discuté en détail dans les media. Il faut davantage et mieux communiquer sur ces sujets ! Je suis un peu surpris par cet état d'esprit, qui consiste à ne pas en parler du tout il y a quand même des faits scientifiques intéressants. Car maintenant que nous avons terminé le chapitre d'analyse des risques cardiovasculaires, c'est celui de la protection qui s'ouvre. Ca ne fait que commencer ! D'ailleurs, le vin et les polyphénols sont abordés dans tous les congrès scientifiques. Aux États-Unis, les travaux sur les polyphénols végétaux ou présents dans le chocolat sont en mis en exergue. Il faut juste trouver la bonne dose protectrice. ” Et quand on lui demande si ces pistes pourraient être l'occasion de booster l'image du vin, Jean Ferrières en appelle davantage au plaisir qu'aux études purement scientifiques : “ la solution, comme pour tout, passe par l'éducation. Tout comme vous avez des programmes de santé publique sur la diversité alimentaire et les légumes, je crois que l'éducation à la bonne consommation de vin et à la modération, passe par le gout. Le problème du binge drinking, par exemple, est que l'on recherche l'alcoolisation, avant le gout de l'alcool. Jeune, je buvais du vin mais je ne savais pas l'apprécier tant cela faisait partie d'un repas traditionnel. J'ai appris par la suite à écouter un sommelier est un plaisir. Vous avez ensuite envie d'accorder les mets et le vin. ”
* Le projet MONICA (MONItorage des maladies CArdio-vasculaires) est la plus grande étude jamais menée en collaboration sur les cardiopathies, l'accident vasculaire cérébral et le facteurs de risques. Conçu en 1979 et réalisé entre les années 80 et les années 90, il porté sur 38 populations de 21 pays. Le projet MONICA a permis de mesurer la fréquence et les tendances de ces maladies dans le temps ainsi que les facteurs de risques dans différentes populations, d'accélérer la mise en oeuvre et d'assurer le suivi des politiques de prévention dans différents pays et de montrer l'utilité des nouveaux traitements d'urgence et traitements au long cours adoptés petit à petit.