Débats

Entretien avec Olivier Thiénot, directeur de l'école du vin

Salon de l'agriculture, 25.01.2013

Entretien avec Olivier Thiénot

Directeur de l’Ecole du Vin

Comment devenir un pro de la dégustation en 15 minutes ? Comment décrire un vin comme s’il s’agissait d’une actrice ? Directeur de l’Ecole du Vin, Olivier Thiénot a accepté d’animer des sessions inédites de dégustations sur le Pavillon du Vin. Entre deux animations, il revient sur les dernières tendances du marché.

 

Remontons le temps… Comment, pourquoi, est née l’Ecole du Vin ? 

L’Ecole du vin est née en 2002. J’animais déjà des dégustations pour des entreprises mais sur ce marché, l’offre avait davantage un profil associatif… et les horaires n’étaient pas pratiques, ce qui rendait impossible d’en faire un loisir. Il fallait également bien scinder éducation et vente de vin. Je me suis aussi appuyé sur la montée d’internet, qui facilitait les réservations en ligne ou les calendriers par exemple…

Notre journée sur le Pavillon était dédiée aux tendances… En 10 ans, quelles sont celles que vous avez pu identifier ?  

J’observe tout d’abord une segmentation des intérêts selon l’âge : les jeunes, de plus en plus nombreux, sont beaucoup plus ouverts. Ils veulent découvrir des vins très différents, venant du monde entier. Ensuite, il y a une véritable curiosité pour les vins de prestige. Ces trois dernières années, je remarque aussi que pour les professionnels de la communication ou du tourisme à l’international, la connaissance du vin devient de plus en plus un gage de savoir vivre et de bonne éducation. Enfin,  je suis frappé car notre public est masculin à 70%. Parce que peut-être ce sont elles qui achètent le vin, les femmes sont plus pragmatiques. Elles vont donc moins s’intéresser au terroir et ne souhaitent pas forcément consacrer du temps à la connaissance du vin. En revanche, celles qui viennent sont très concentrées, prennent des notes et posent des questions. 

Et à l’international ? On dit souvent que les Français s’intéressent moins au vin car cela leur semble acquis ? Est-ce que vous constatez ce phénomène ? 

Nous venons d’ouvrir une Ecole du Vin à Hong-Kong. En Chine, s’intéresser au vin n’est pas un pur loisir : il s’agit souvent en fait de briller en société. En Angleterre, c’est différent, car principalement les femmes boivent du vin. Pour l’anecdote, imaginez que quelqu’un y a un jour créé un « wine dating », en partant du principe que si on aime les mêmes vins, on a toutes les chances de s’entendre… et bien ca n’a pas marché, il n’y avait que des femmes ! (rires) Ainsi, en Angleterre, qui n’est pas un pays de producteurs mais de négociants, ils ont formé des gens d’élite pour aller acheter en France, en Espagne et en Italie. Ils ont donc très vite développé une connaissance globale. Le revers de la médaille, c’est que ces gens connaissent tellement de choses que leur culture est parfois académique…En France, le vin est un produit banal, que l’on a l’habitude d’avoir près de soi, mais sans le connaître vraiment… comme parfois dans certains couples (rires) ! De là à dire que les étrangers sont forcément plus curieux ou plus connaisseurs… je serai plus mesuré ! L’Ecole du Vin forme 15 000 personnes par an et c’est la seule école de ce type au monde. Des étrangers me consultent régulièrement sur ce modèle. A New York, on boit du vin, c’est vrai, mais le marché de l’éducation au vin y reste une petite niche pour le grand public. Au final, ce qui fait un connaisseur va plus loin que tout cela : il faut dépasser l’étiquette, s’arrêter davantage sur le vin et les sensations. Il faut aussi continuer à apprendre et découvrir : certes, il y a quelques fondamentaux à acquérir mais ensuite, il ne faut jamais s’arrêter de pratiquer…

Pour terminer en beauté, pouvez-vous nous raconter votre plus beau souvenir de vin ? 

Chaque belle rencontre  en est un. C’était il y a 3mois, au Château Climens, avec Bérénice Lurton. Des accords mets et vins incroyables, des viandes et des épices... Je me souviens de vins d’une tension, d’une pureté absolues. C’était un moment magique. Mais cet  émerveillement, c’est souvent un mélange de votre état et du moment, ce qui le rend parfois difficilement reproductible. Il faudrait d’ailleurs pratiquer« une biodynamie de la dégustation » : voir à quel moment déguster quel vin, établir des correspondances et des calendriers. Après tout, on a remarqué que le même vin, selon le jour et le temps, n’a pas le même goût à vos yeux…

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